Médiation et exemplarité

Médiation et exemplarité

La profession de Médiateur Professionnel, une profession naissante à promouvoir par un comportement qui se doit d’être exemplaire.

Dimanche 25 janvier 2015, parmi les thèmes abordés par le magazine télévisé «Sept à Huit», figurait un reportage sur LA MEDIATION.

Nécessairement intéressée et poussée par la curiosité, je regarde avec attention ce sujet et ne peut alors que remarquer qu’il s’agissait en réalité non pas d’un reportage général sur la médiation, mais d’un reportage ciblé exclusivement sur la MEDIATION FAMILIALE.

Selon ce reportage, dans trois divorces sur cinq, les ex-époux seraient dans l’incapacité absolue de pouvoir dialoguer.

La médiation familiale, qui serait prononcée dans seulement 4% des cas par les magistrats, permettrait de trouver des solutions dans seulement 50 % des cas…

La médiatrice familiale interviewée par le journaliste expliquait alors qu’elle demandait 15,00 Euros  à 23,00 Euros par médiation; qu’elle passait de nombreuses heures par couple et prévoyait de nombreux rendez-vous, n’hésitant pas à renouveler les propositions de rendez-vous lorsque l’un des époux ne se présentait pas sans explications ni excuses.

A mon sens, un tel reportage vu par bon nombre de spectateurs n’a pas manqué, à mon sens,  de véhiculer une image peu flatteuse pour la médiation: la médiation est peu onéreuse, voire gratuite; la médiation s’avère une voie de résolution des conflits très accessoire et peu utilisée; les résultats ne sont pas forcément au rendez-vous.

Ce reportage m’a semblé particulièrement desservir la profession de Médiateur.

Avec force, s’est alors imposée l’idée –qui peut sembler évidente- que nous, tant les médiateurs professionnels que les stagiaires professionnels, avions une mission essentielle, voire vitale, de promouvoir, faire connaître et reconnaître la profession de médiateur.

Pour que la profession de médiateur professionnel puisse véritablement se développer et être reconnue en tant que telle et surtout à sa juste valeur, il nous appartient de viser quotidiennement et systématiquement à l’exemplarité.

En effet, comme l’a si justement énoncé Albert Schweitzer, «l’exemplarité n’est pas une façon d’influencer. C’est la seule».

Certes, comme le précise Marc Traverson, membre du cabinet de consulting ACTEUS sis à Paris, l’exemplarité ne signifie pas pour autant qu’il faille être parfait ou qu’il faille par tous les moyens à donner l’image de la perfection : il s’agit d’adresser par son comportement un message d’authenticité et de conscience.

Naturellement, nous ne sommes pas des clones, tout à chacun agira et nécessairement avec son tempérament, ses expériences et références.

Cependant, il nous appartient d’agir à partir d’une conscience claire de notre rôle de Médiateur Professionnel.

Il est essentiel d’avoir toujours à cœur de veiller à adopter une posture d’indépendance, neutralité et impartialité et ce, en toutes circonstances.

Mais surtout, à mon sens, le maître-mot est de garantir LA CONFIDENTIALITE.

Il s’agit là d’une nécessité absolue.

Selon moi, c’est en effet  en respectant la notion de confidentialité que nous donnerons à la profession de MEDIATEUR PROFESSIONNEL sérieux, crédibilité et pérennité…

C’est en réalité un besoin impérieux pour les parties en présence…

Je n’ai pu que le constater en tant qu’Avocat: beaucoup de clients vous précisent expressément dès le premier rendez-vous que leur principale attente (outre, bien sûr de «gagner leur procès») réside dans le respect de la confidentialité.

Cela est d’autant plus vrai sur des territoires aussi petits et fermés tels que les DOM-TOM où tout le monde se connaît plus ou moins directement…

Nombre de particuliers, d’entreprises, de collectivités territoriales ont ainsi recours à des avocats, à des experts-comptables situés en métropole, dans le but précisément -non pas de rechercher des compétences professionnelles particulières- mais surtout et avant tout de garantir la confidentialité…

Cependant, veiller à garantir la confidentialité demande beaucoup de rigueur et d’efforts.

En effet, même si cela peut paraître un peu galvaudé, il n’est pas si facile en tant que professionnel de respecter la confidentialité.

Nous avons tous une tendance naturelle à vouloir prendre appui sur des missions passées pour expliquer sa profession et/ou expliquer la mission de médiateur professionnel.

Par ailleurs, si la confidentialité est essentielle, il en est de même de LA REMUNERATION.

Il est primordial, à mon sens, de veiller à toujours se faire rémunérer.

Il est évident que tout à chacun a une propension naturelle à se comporter comme étant un médiateur et que la mission de médiateur professionnel est par nature altruiste et humaniste.

Chacun a nécessairement tendance à vouloir aider, assister les protagonistes dans la recherche de la résolution de leur conflit.

Le  danger évident est alors de vouloir assurer bénévolement cette belle mission de médiateur professionnel, en craignant de donner un aspect économique à cette action.

Cependant, il faut à tout prix éviter un tel écueil au risque de «dévaloriser» la profession de médiateur professionnel.

Des phrases aussi stéréotypées que «tout a un coût», «toute peine mérite salaire», «toute compétence doit être rémunérée» prennent ici pleinement tout leur sens.

Le médiateur professionnel a une compétence professionnelle poussée et précise: il est spécialisé dans le démontage des conflits et dans la dégradation de la qualité relationnelle.

Une telle compétence doit être rémunérée en tant que telle.

Ne pas solliciter de rémunération revient quelque part à dénigrer la profession de Médiateur Professionnel en la mettant au rang d’une activité accessoire, bénévole…

Il convient ici de souligner que les avocats ont connu une dévalorisation de leur action, notamment à cause de l’aide juridictionnelle.

Ils n’ont malheureusement pu que constater que beaucoup de personnes bénéficiant de l’aide juridictionnelle et ne payant pas les honoraires finissaient par ne plus respecter le travail fourni; un travail gratuit ne mérite plus respect et considération.

Alors même si cela peut paraître mercantile et déplacé au regard de la nature même de la médiation, nous nous devons de toujours solliciter une rémunération pour la mission exécutée et ce,  tout simplement pour assurer la pérennité de notre profession de Médiateur.

Enfin, à mon sens, il est vital de veiller à toujours préserver un esprit de solidarité entre les Médiateurs Professionnels.

Il importe de ne pas se considérer uniquement comme étant des concurrents mais comme des professionnels exerçant la même profession et titulaire du même savoir-faire.

Il convient de ne pas hésiter à renoncer de manière ponctuelle à une mission et à faire appel, si besoin est, à un autre médiateur professionnel pour intervenir sur une mission.

Par ailleurs, il faut veiller à être soudés entre Médiateurs Professionnels et s’interdire tout commentaire et tout critique sur un de ses collègues.

Cet esprit de solidarité peut également se traduire par la création de structures regroupant plusieurs Médiateurs Professionnels, tels que par exemple des centres de Médiation.

Si l’exercice à titre individuel de la profession de Médiateur Professionnel est évidemment envisageable, des structures regroupant plusieurs Médiateurs peuvent donner à la Médiation Professionnelle toute l’ampleur et toute la place qu’elle mérite.

Une grande structure procure l’apparence de professionnels bien assis, bien installés.

Les clients sont alors tout simplement rassurés: ceux-ci trouveront toujours quelqu’un pour leur répondre et pour les aider ; ils ne craignent votre indisponibilité en cas de maladie et de congés…

L’expérience m’a en effet montré que l’apparence de crédibilité revêt une importance essentielle pour les clients.

A mon sens, si nous veillons à être toujours bien rémunérés; à être solidaires entre nous; à assurer la confidentialité et à être de manière systématique indépendants, impartiaux et neutres, nous avons alors une carte à jouer de manière incontestable…

Si nous travaillons de plus avec rigueur en prenant soin de respecter et d’appliquer à la lettre le processus structuré que nous avons appris tout au long de notre formation, nous donnerons alors à notre belle profession naissante de Médiateur Professionnel toutes les chances d’éclore, de s’épanouir et surtout de s’imposer comme étant la voie non pas seulement possible de résolution des conflits mais comme étant la voie principale de résolution des conflits…

Nous avons la chance et le privilège d’avoir à notre disposition un terrain propice pour ce faire.

De nombreux outils sont d’ores et déjà existants et surtout opérationnels :

La superstructure est donc là et solide…

Le marché est au demeurant vaste : sans tomber dans les clichés et les préjugés, il est malheureusement patent que notre société s’avère être de plus en plus conflictuelle, les différends font malheureusement légion…

Le conflit est omniprésent.

Nul doute que la Médiation Professionnelle a par voie de conséquence de beaux jours devant elle…

Ne lui reste plus qu’à s’imposer comme étant une voie évidente de résolution des conflits à part entière, à laquelle les protagonistes d’un conflit vont nécessairement penser, c’est la raison pour laquelle le droit à la médiation est promue par les organisations de la médiation professionnelle et par les médiateurs professionnels …

Il nous revient de présenter la Médiation Professionnelle comme étant la voie principale de résolution des conflits en lieu et place de la voie judiciaire qui doit devenir à long terme une voie accessoire à utiliser par défaut…

Seul le comportement exemplaire de tout à chacun permettra sur le long terme de tendre et de parvenir à une telle modification des perceptions et des mentalités.

Jennifer Thomas

Jennifer Thomas

Avocat au Barreau de la Guadeloupe : intervient en Droit Public et Droit Privé ; médiateure professionnelle


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