Burn out et entreprise pathogène : abus de langage

Burn out et entreprise pathogène : abus de langage

Benoit Hamon monte au créneau aujourd’hui (France Info20 minutes), suivi de près par Manuel Valls, sur quel sujet : la reconnaissance du burn out comme maladie professionnelle !

La maladie : concrétisation de l’action du mal selon le littré. En médecine une maladie se définit par une altération de l’état de santé. De façon générale le terme maladie désigne un état morbide dont on connaît le plus souvent la cause. Ce terme doit être différencié du terme syndrome qui définit un ensemble de symptômes.

Le burn out doit-il être considéré comme une maladie ? Est-ce une pathologie ? Une affection ?

Ce qui semble clair pour tout le monde, c’est que certaines personnes présentent un ensemble de manifestations consécutives à un épuisement physique et mental dû à un dépassement de leurs propres capacités physiques et ou mentales.

Mais à quoi est-ce du ? L’épuisement d’une personne dans sa vie professionnelle, est-il du à sa vie professionnelle ou à sa manière de vivre les choses ?

L’approche de la mise à l’index de la vie professionnelle et donc de la vie d’entreprise comme source pathogène tend vers deux choses :

  • considérer l’environnement professionnel comme potentiellement pathogène ;
  • valider que les autres ont des comportements de type psychopathogène, alors même que rien n’est démontré concernant le bienfondé de l’approche « psychologique ».

L’entreprise ne peut pas être pathogène, tout d’abord parce que l’entreprise ne fait pas naître de maladie (pathos = maladie, gène = création), où alors c’est le travail qui est pathogène ?

Ainsi quand j’entends, de bon matin, que le burn out devrait être reconnu comme maladie du travail et que la manière de prendre en charge cette pathologie est la thérapie cognitivo-comportementale, je crois sombrer dans un cauchemar. C’est quoi cette façon de créer des réalités ?

Avec l’idée de la maladie psychologique, l’enjeu est de faire reconnaître une conception de l’humain dans ses relations avec lui-même, son environnement et les autres. Quand on vous rend malade, on vous rend dépendant d’un sachant qui a autorité sur vous pour décider ce qui est bon pour vous comme remède. On vous renvoie à l’époque d’une dépendance infantile. Au bout du compte, c’est votre liberté qui est placée sous tutelle.

Et s’il fallait voir les choses autrement ? Un mode de management brutal, qui ne reconnait pas les individus, leur légitimité, leur maladresse, leur bonne intention, engendre des conflits, de la même façon, des changements non souhaités, voire imposés, et mal accueillis sont générateur de conflits. Une pression (une contrainte) constante, exercée pour augmentée la productivité génère des conflits, mais où donc se trouve les limites de l’acceptation, les limites qui font passer une personne du consentement à la servitude ? Le droit de retrait existe pour tous… Une personne qui n’alerte pas et ne se retire pas peut-elle faire le reproche à l’autre de ne pas avoir su doser ses demandes ?

Certains gèrent ces conflits en mettant sous le tapis tout ce qu’ils ne peuvent dire, ressentis compris, jusqu’à ce qu’ils n’en puissent plus, explosent en vol, se mettent en arrêt maladie voire… mettent fin à leur jour. Mais la démotivation est-elle une maladie ? L’écoeurement relationnel est-il une maladie ? Le manque d’affirmation de soi est-il une maladie ? Le désoeuvrement est-il une maladie ? Le ras-le-bol conjugué avec un manque de savoir rompre une relation, est-ce une maladie ? Il apparait plus pertinent de constater que tout cela relève d’un ensemble de manques de savoir-faire. Définir les personnes comme malade masque l’une des causes essentielles : le manque d’affirmation de soi qui pourrait être mieux enseigné dans les formations initiales.

Aujourd’hui, la médiation professionnelle a le mérite de pouvoir intervenir en amont, avant que les comportements ne s’emballent et que cette maladie imaginaire ne se déclare, avant que la personne ne soit infantilisée, déresponsabilisée, considérée comme un objet. Clarifier les enjeux, les projets, les possibilités et faire des choix en pleine connaissance de cause avant d’être au pied du mur, ça vous dit ?

Jérôme Messinguiral

Jérôme Messinguiral

Médiateur professionnel, chargé de communication de la médiation professionnelle (EPMN - CPMN - ViaMédiation) Secrétaire Général de ViaMédiation


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burn outentreprise pathogènequalité relationnelle

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6 Commentaires sur "Burn out et entreprise pathogène : abus de langage"

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Jean-Louis Lascoux
Admin
1 année 1 mois plus tôt

La discussion est lancée sur l’exercice du droit de retrait dans le cas de harcèlement. La discussion n’est cependant pas nouvelle. On peut trouver beaucoup d’articles sur le net à ce sujet et notamment des décisions jurisprudentielles.

justice
Invité
justice
1 année 1 mois plus tôt

Bonjour
Je suis très surpris de la position de Mr jérôme Messinguiral
J ai l impression qu il y a une incompréhension quelque part du monde salarial et de ces contraintes sociales et économiques en période de crise et de chômage depuis plusieurs années
Cordialement

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