Comment un médiateur professionnel peut-il aider à accepter ses émotions et restaurer la relation à soi ? 

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Dans l’article précédent, nous avons montré que le burn-out est rarement un simple épuisement lié à la charge de travail : c’est une perte de sens dans la relation à soi, aux autres et à l’organisation.

Quand la personne ne se reconnaît plus dans son action, que sa liberté de décider s’efface derrière des contraintes ressenties, l’engagement bascule en épuisement.

L’épuisement émotionnel n’est pas qu’une fatigue, un stress mal géré, voire une pathologie. Il est surtout une perte d’acceptabilité émotionnelle, c’est-à-dire de la capacité à reconnaître et à accueillir ses émotions comme légitimes dans le cadre de la relation. 

L’entêtement émotionnel, un obstacle à l’acceptabilité émotionnelle.

L’obstacle à l’acceptabilité émotionnelle est une tendance à rester fixé sur une émotion ou un ressentiment, au point où les émotions négatives bloquent la réflexion rationnelle, favorisent des réactions défensives et entravent la communication. C’est ce que nous appelons l’entêtement émotionnel.

La personne continue d’agir … mais déconnectée de son intention et de sa motivation profonde :

  • La perte d’utilité, de sens et d’estime de soi s’installe voire s’effondre.
  • L’harmonie interne se rompt amenant confusion interne et ambivalence.
  • L’équilibre relationnel disparaît et provoque isolement et méfiance.

L’épuisement émotionnel est alors le symptôme d’un déséquilibre dans les relations à soi et aux autres.

Focus sur le secteur de la santé : Quand soigner devient une source d’usure et la perte de sens devient une rupture relationnelle.

Chez les soignants, le moteur même de leur métier — prendre soin — est mis à l’épreuve.
Les études (Hospimedia, Malakoff Humanis, Holcman, 2023–2025) montrent :

  • Une intensité du travail et des sous-effectifs
  • Une agressivité ou une incompréhension des usagers
  • Un manque de soutien organisationnel
  • Des conflits internes sur la finalité du soin

« Ce que nous voulions donner n’a plus d’espace pour exister », confie un infirmier.

L’engagement est heurté par :

  • Des injonctions paradoxales,
  • Une perte d’autonomie,
  • Un manque de reconnaissance.

Cette dissonance éthique crée une tension intérieure profonde : la personne continue d’agir, mais sans sens vécu.

C’est là que l’épuisement devient relationnel : rupture avec soi-même, avec l’équipe, avec la finalité du métier.

Le conflit de valeurs entre sens du soin et réalité de terrain crée une tension intérieure profonde. Ce n’est plus seulement un épuisement professionnel : c’est une souffrance éthique.

C’est précisément là que la médiation professionnelle intervient quand la relation devient la source principale de l’épuisement.

Lorsque la personne :

  • Ne peut plus exprimer ses désaccords,
  • Négocier ses limites,
  • Ni se repositionner,

La relation au travail devient contrainte.

L’ISR® invite à intervenir là où se fabrique l’usure :

  • Réhabiliter la liberté, y compris de dire « non »
  • Identifier les zones de contrainte : organisationnelles, culturelles, émotionnelles
  • Développer les compétences relationnelles pour restaurer l’entente et la coopération
  • Transformer le management en cadre d’écoute et de médiation préventive

Qui doit accepter les émotions ?

Une question revient souvent : Doit-on accepter les émotions de l’autre ?

Nous proposons ceci : Les émotions doivent d’abord être acceptées par la personne qui les vit, et accueillies par son entourage. 

Il s’agit d’en comprendre le sens, non de les justifier ou de les subir.

Le rôle du médiateur : rétablir la capacité à décider

L’Ingénierie Systémique Relationnelle® définit la santé mentale comme la capacité à entretenir des relations constructives avec soi et avec autrui et à exercer sa liberté de décision.

Quand cette liberté se réduit, la relation au travail devient contrainte : la personne subit.

Le médiateur professionnel intervient alors avec deux leviers majeurs :

  1. L’accompagnement de la compréhension des émotions sans s’y soumettre :
  • Introduction du doute, de la capacité à questionner ses émotions, ses expériences, sa raison
  • Aide à la réflexion pour reconnecter émotion et pensée
  • Clarification des choix encore possibles

Le doute devient alors moteur de conscience, non de fragilisation.

  1. Le repositionnement de la personne au cœur :
  • De son raisonnement
  • De ses besoins
  • De ses décisions futures

La personne peut retrouver un pouvoir d’agir sur son propre fonctionnement.

Être libre, ce n’est pas ne plus ressentir, c’est pouvoir décider dans la relation.

Concrètement, comment cela se passe-t-il ?

L’accompagnement individuel vise à identifier les obstacles internes et à les transformer en opportunités :

  • Clarifier ce qui fait obstacle
  • Reconnaître les émotions sans jugement
  • Se reconnecter à ses aspirations réelles
  • Définir un projet relationnel avec soi-même

Ce processus permet progressivement de : 

  • Retrouver du sens
  • Apaiser le chaos interne
  • Retisser des liens constructifs

Il permet d’éviter l’installation du sentiment d’impuissance, qui fait glisser vers le burn-out.

Retrouver l’entente avec soi-même

L’accompagnement individuel propose une reconnaissance de soi comme fondement de la relation aux autres.

Elle offre un espace sécurisé, où l’on peut dire :

  • « Voilà ce que je ressens »
  • « Voilà ce que je veux »
  • « Voilà ce que je peux décider »

Ce travail de dédramatisation et de reconstruction du sens contribue au retour de l’élan vital, souvent perdu dans l’épuisement.

En conclusion : prévenir avant l’effondrement

L’accompagnement du médiateur professionnel ne vise pas la thérapie, mais la préservation de la liberté décisionnelle dans la relation.

Il permet à la personne de ne plus se laisser définir par ses contraintes ou ses émotions du moment.

La prévention du burn-out commence au moment où l’on invite la personne à redevenir auteur de sa décision dans la relation.

Prochain article

Face à des événements vécus comme traumatisants, comment le silence institutionnel aggrave la douleur collective et empêche l’action préventive ?

Article rédigé par Sébastien Bordes, Isabelle Lanvin, Caroline Podage et Valérie Pascual