JIMP 2022 : Paroles d’enfants

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Ce fut la nouvelle thématique développée par les Médiateurs Professionnels de la CPMN, à l’occasion de la troisième édition de la Journée Internationale de la Médiation Professionnelle qui a eu lieu le 14 janvier dernier.

Des intervenants de tous horizons géographiques et professionnels, issus du monde de la santé, de la justice et de la médiation, se sont réunis pour débattre dans un premier temps, de l’enfant dans le domaine judiciaire, puis dans un second temps, dans le domaine de l’éducation et de l’instruction. Entre midi et deux heures, une table-ronde a été orchestrée autour du thème « enfants d’hier, d’aujourd’hui et de demain ».

Nous avons connu, pour certains encore, l’époque où l’enfant devait se taire et écouter partout où des adultes étaient présents. La référence à l’étymologie a du sens. Le substantif, enfant, vient du latin infans, – antis, « celui qui ne parle pas ». Nous nous en sommes peu à peu écarté, jusqu’à ce que la Convention des Nations Unies du 20 novembre 1989, lui consacre des droits, sacralisant la notion de « l’intérêt supérieur de l’enfant ».

Désormais, l’Enfant, assisté ou représenté d’un avocat, peut intervenir au procès opposant ses deux parents. Dans la pratique, c’est l’un des parents qui l’invite la plupart du temps à le faire. Nous parlons ainsi facilement d’instrumentalisation. Or, est-il judicieux de le jeter dans le monde de la « gestion de l’adversité », soit l’arène judiciaire ? Que dire de cet intérêt supérieur de l’enfant que personne ne définit clairement ?

Avec la médiation dans le domaine familial, nous pouvions espérer de nouvelles pratiques. Or, les courants traditionnels de la conception de la médiation n’ont fait que transposer les pratiques du monde judiciaire. Ainsi, il est prévu une audition de l’enfant, laissant émerger un nouvel intervenant, l’auditeur de l’enfant. Qu’en penser ? Ne verrait-on pas dans la médiation, le moyen de contribuer au système judiciaire en soulageant la tâche bien lourde des magistrats ? Auquel cas, nous ne serions que dans une continuité de pratiques judiciaires, sans plus d’innovation – navrant lorsque l’on sait que l’autre courant de pensée de médiation, la médiation professionnelle est pour sa part, non pas une alternative, mais un mode à part entière de résolution des conflits. Il ne s’agit pas de mettre l’enfant dans l’arène, mais de mettre un terme à cette conception de la fatalité d’un affrontement.

Un enfant sollicite à être entendu par le juge saisi de la séparation de ses parents ; pourquoi ? Sans doute qu’il ne se sent pas entendu par ses parents, il se sent tiraillé alors qu’il n’aspire qu’à une seule chose : avoir une relation apaisée avec l’un et l’autre. Or, la dispute entre ces derniers fait souvent rage et c’est là tout le nœud de la problématique.

Partant de là, quel rôle peut jouer un médiateur ?

Historiquement, le médiateur dit familial, à l’instar d’un conseiller ou enquêteur social, a été considéré comme étant au service du juge. Or, cet acteur, titulaire d’un diplôme d’état, n’a jamais eu d’exclusivité dans ce domaine.

En effet, parallèlement à ce courant de pensée dit traditionnel, s’est développé un autre courant de pensée, celui de la Médiation Professionnelle, lequel, par son approche innovante, a apporté toute clarification quant à la posture du médiateur et à son rôle.

Parlons donc du médiateur professionnel. Celui-ci, en toute impartialité (par rapport aux parties), neutralité (par rapport à la solution), et indépendance (par rapport à toute forme d’autorité – dont le pouvoir judiciaire), va, par des outils issus de l’ingénierie relationnelle et des processus structurés, accompagner les parties dans une réflexion leur permettant de conduire, librement, un projet de vie, relationnel ou individuel. Ainsi, le médiateur n’est plus au service de la justice, mais pleinement au service des parties. Il n’est pas au service d’une décision tierce, mais de la refonte de deux projets individuels qui peuvent se reconjuguer autrement.

Accompagner à la réflexion, c’est aller au fond des choses ; c’est également remuer ce qui pèse parfois lourdement, ce qui empêche d’avancer dans la relation à l’autre et à soi-même.

C’est ainsi, que pourrait être évoqué sans tabous, le fait de savoir si les parents ont, après séparation, toujours envie d’être des parents : dans l’approche de la médiation familiale dite traditionnelle, la pratique serait de dire que la question ne peut se poser, les parents devant continuer à être des parents. Or, pourquoi vouloir faire reproche à un humain, de ne pas vouloir continuer à assumer quelque chose qu’il n’a pas nécessairement voulu ou d’avoir changé d’idée ? pourquoi porterait-il la croix de cette responsabilité éducative ?

Cela peut vous choquer mais à quel titre ? Au nom de la morale, des bonnes mœurs ? Le médiateur professionnel est un tiers qui ne saurait juger ; c’est en ce sens, que sa posture est déterminante et ses savoir-être et savoir-faire fondamentaux. C’est ce pourquoi, la confiance peut lui être donnée.

Personne n’est obligé de continuer d’être un parent, selon le modèle classique. C’est important de le dire et cela permet de reconnaitre pleinement les personnes dans leur légitimité de point de vue, leurs ressentis et les aider dans la déculpabilisation par une dédramatisation.

Et je vais même vous dire que … le fait de ne pas se sentir coupable, ça fait du bien aux gens et, ça peut, même, leur permettre de prendre des décisions de soutien, alors qu’ils n’auraient jamais pensé les prendre !

Il en est de même s’agissant des problématiques au sein des familles mono-parentales voire transgenres parce qu’il est, en définitive, question de réfléchir sur le sens de la vie et c’est là que la différence de compétences se fait entre médiation traditionnelle et médiation professionnelle. Accompagner les parties à conduire des projets de vie, individuel et relationnel, avec ou sans enfant, telle est l’approche de cette profession émergente du XIXème siècle, celle de Médiateur Professionnel.

Alors notre petit bout de chou, doit-il être entendu nécessairement par un médiateur ? Vous avez sans doute la réponse…

Voyez que toutes ces questions sont mal traitées par le système judiciaire parce qu’elle donne des responsabilités à des gens qui sont contraints et elles ne privilégient pas la réflexion sur le projet relationnel et le projet de vie individuel.

Avec la Médiation Professionnelle, subir ou choisir, c’est vous qui décidez !