Nos articles précédents sur l’épuisement professionnel, le burn-out, les crises émotionnelles révèlent non pas des symptômes d’une pathologie mais plutôt des messages de l’état de santé relationnelle des individus et des organisations.
Éviter d’atteindre ces stades critiques de la dégradation relationnelle, c’est possible : les mésententes interpersonnelles, les dysfonctionnements organisationnels sont à cet égard des signaux d’alerte utiles.
Une histoire de boîtes …
« La santé mentale est à gérer dans sa globalité. La vie est un ensemble de boîtes : travail, amis, famille, activités individuelles, collectives, animaux de compagnie …un évènement affecte l’une ou plusieurs d’entre elles, l’équilibre vacille » comme le décrit une DRH.
…….Et surtout une prise de conscience que chacun fonctionne avec ses boîtes, ses propres références.
Gérer « l’ingérable »,
Au fil de nos entretiens, l’expression « ingérable » ou des notions analogues ressortent souvent :
✔ Des équipes soignantes jugent une famille « ingérable»,
✔ Un manager face à des « comportements atypiques intolérables «
✔ « une tenue religieuse » dans le service public, pas question ! »
✔ « elle passe à côté de moi et ne m’adresse plus la parole, alors qu’elle salue tous les autres membres de l’équipe »
✔ « c’est systématique, lors des réunions de commissions d’admission, chaque intervenant apporte son avis et à chaque fois l’avis de l’infirmière est écarté par le médecin décisionnaire, quitte à fonder la décision sur un autre motif »
✔ « elle dépasse les bornes, elle rédige un mail qui me décrédibilise et en plus, le diffuse à tous les managers des autres pôles, même non concerné par la situation ! c’est insupportable»
De telles illustrations de tensions, issues des témoignages recueillis, vous en avez tous dans vos entourages, et sans doute bien plus encore.
De la stigmatisation à l’entente
L’ingérable n’est pas une caractéristique de la personne, mais l’expression d’un décalage entre deux logiques relationnelles.
Pourquoi qualifie-t-on quelqu’un d’ingérable ?
✔ Parce qu’il dépasse nos attentes implicites
✔ Parce qu’il contredit nos normes relationnelles
✔ Parce que son mode d’expression diffère
✔ Parce qu’il pointe un problème que l’organisation refuse de voir
Ainsi, utiliser ce mot est souvent masquer notre difficulté collective à accueillir l’altérité, c’est-à-dire l’accueil de l’autre en tant qu’il est autre, avec toutes ses différences.
Un comportement « inacceptable » est fréquemment un besoin non exprimé, une réaction de protection ou un manque de reconnaissance
Et c’est surtout une forme d’ignorance de ce qu’est l’autre.
Prendre conscience que l’autre n’est pas un alter ego mais un autre, avec une façon qui lui est propre de recevoir des informations, d’y réfléchir et d’exprimer ce qu’il souhaite partager, c’est ce qui permet de gérer l’ingérable
Passer de la stigmatisation à l’entente, c’est là que commence la prévention réelle — et durable — de la dégradation relationnelle et donc de l’un des volets essentiels de la santé mentale :
« La santé mentale, c’est la capacité à entretenir des relations constructives avec soi et autrui, à faire usage de sa liberté de décision, à développer ses compétences relationnelles et à s’inscrire dans des projets personnels et collectifs. »
Gérer « l’ingérable » ou accueillir la différence.
Dans le conflit, « l’ingérable » c’est l’autre. Le destructeur de la relation, c’est l’autre.
Vivre avec le conflit participe de la dégradation de la santé mentale.
Conflit en soi, conflit avec l’autre, comme nous l’avons vu dans les articles précédents (ici et là) sont générateurs de souffrance et de dégradation de la santé mentale.
Passer à l’altérité
De nombreux dispositifs existent aujourd’hui visant la prévention et intègrent l’amélioration de la qualité des relations au travail.
Y amener une approche centrée sur l’altérité, sur la pédagogie de la relation, pour passer de l’adversité à l’altérité, c’est ce que propose l’Ingénierie Systémique Relationnelle®
- Le dispositif de médiation professionnelle interne DMPI® (https://www.epmn.fr/dispositif-de-mediation-professionnelle-interne-dmpi) apporte cet espace de parole indispensable pour résoudre et surtout anticiper les conflits. Pour en savoir plus sur une application exemplaire dans le monde du soins au sein de l’Assistance Publique – Hôpitaux de Paris, consulter le profil de Brigitte Eckert
- La formation à la Qualité Relationnelle dévoile les mécanismes du conflit, les structures et interactions de la relation.
- Dans ses interventions, le médiateur professionnel aide à structurer un espace où chacun peut exprimer ses perceptions sans être jugé, ce qui permet d’identifier la source réelle du désaccord.
L’implication de la gouvernance se révèle indispensable dans la mise en place et le bon fonctionnement de ces dispositifs de prévention
C’est ce que nous développerons dans les Articles à suivre, sur les thèmes suivants:
- Management vertical et absence de soutien
- Rigidité institutionnelle et perte de sens
- Isolement des professionnels eux-mêmes
Article rédigé par Sébastien Bordes, Isabelle Lanvin, Valérie Pascual et Caroline Podage




![Livre [nouveauté] : Médiations en milieux hostiles](https://www.officieldelamediation.fr/wp-content/uploads/2023/10/Médiations-en-milieux-hostiles-218x150.png)

























