Et tu deviendras médiateur… et peut-être philosophe.

0
7

Je n’ai pas écrit un manuel : c’est une invitation à une formation de médiation professionnelle (CPF 2024-2026)

Lorsque j’ai rédigé « Et tu deviendras médiateur et peut-être philosophe » je pensais aux rapports d’autorité dont chacun peut se vêtir mentalement lorsqu’il intercède auprès de personnes confrontées à un différend. Je pensais aux configurations relationnelles qui se figent lorsque des représentations incompatibles s’affrontent. Plusieurs cadres contextuels sont embarqués : soi, l’autre, l’organisation. Je pensais en termes de relation à soi, aux autres, à la vie en société, au management et à la gouvernance. Mais je n’ai pas cherché à produire un guide technique. Je n’ai pas voulu ajouter une méthode qui promettrait une efficacité quelconque.

J’ai voulu poser une question préalable : qui sommes-nous pour accompagner une entente, voire en juger la pertinence ?

Avant d’intervenir entre deux personnes, avant de prétendre pacifier une relation, il me semble indispensable d’examiner notre propre fonctionnement. Nos certitudes. Les normes et principes que nous avons adoptés à l’insu de notre propre choix réfléchi, comme des règles naturelles ou sociales où se fige ce que nous qualifions de normal. Notre manière de juger. Notre prétendu bon sens. Notre intuition dont nous nous enorgueillissons parfois sans en mesurer les limites. Notre appréciation morale que nous hissons sur le promontoire de l’éthique.

La médiation ne commence pas avec les autres. Elle commence avec soi, dans les pensées silencieuses et sourdes de nos héritages culturels.

Dans cet ouvrage, je propose donc un détour. Un détour par la conscience. Un détour par l’examen de nos représentations. Nous croyons voir la réalité. Nous croyons comprendre les situations. Quand nous regardons les autres, concernant lesquels nous affirmons ne rien savoir, nous croyons être « neutres », tout en confondant ici l’impartialité. Or nos perceptions sont filtrées par nos expériences, nos habitudes, nos automatismes. Nos imbrications neuronales se chargent de nos représentations dans le brouhaha imperceptible de notre production mentale. Tant que nous n’en prenons pas la mesure, nous risquons d’importer dans les relations nos propres projections.

Je défends une idée simple et exigeante : la médiation est une discipline. C’est le sens de la médiation professionnelle qui est désormais affirmée avec l’école professionnelle de la médiation et de la négociation. Elle ne s’improvise pas. Elle suppose un travail sur la posture, sur la distanciation, sur la capacité à suspendre ses propres polarités. Elle suppose un apprentissage, une méthodologie. J’en ai fait l’ingénierie systémique relationnelle® qui est porteuse de multiples applications en accompagnement personnel, interpersonnel et organisationnel.

Ce livre ne délivre pas des recettes. Il ne détaille pas une procédure en dix étapes. Il propose un déplacement du regard : passer d’une vision centrée sur l’opinion à une lecture structurée des dynamiques en présence. Il interroge la légitimité de celui qui prétend intervenir sans avoir travaillé sur ses propres mécanismes d’interprétation — ses propres équilibres internes, ceux des personnes concernées et ceux du système dans lequel elles évoluent.

Le lecteur peut bien ressentir un inconfort. Ce n’est pas mon but. Mon objectif n’est pas de déstabiliser, mais d’inviter à s’examiner. Si ce texte dérange, c’est qu’il touche à l’invisibilité des constructions mentales : l’attachement aux évidences.

La médiation exige une conscience structurée et active, une responsabilité assumée et une véritable altérité. Elle ne se réduit ni à l’empathie spontanée ni à la bonne volonté. Elle implique une formation exigeante et continue. Elle nécessite une rupture avec ce qui fait la légitimité des sentiments affectifs dans les relations avec nos proches et que nous transposons partout, avec plus ou moins de retenue contextuelle.

J’ai écrit cet ouvrage comme un seuil. Ceux qui y reconnaîtront l’exigence nécessaire comprendront que la profession de médiateur n’est pas une activité d’appoint ou une simple reconversion. Ceux qui ne s’y retrouveront pas auront au moins rencontré quelques questions.

Devenir médiateur professionnel, ce n’est pas seulement apprendre à parler autrement. C’est apprendre à réfléchir. C’est apprendre à interagir autrement. C’est apprendre à faire réfléchir. C’est apprendre à concevoir les relations comme des dynamiques vivantes. C’est apprendre à faire concevoir autrement. C’est apprendre à voir autrement.

___

Au début, il était payant, désormais il vous est offert sur https://www.boutique-mediation.fr/produit/e-book-et-tu-deviendras-mediateur-version-numerique/

Article précédentSilence organisationnel, douleur collective et action préventive
Jean-Louis Lascoux
"Je prends de l’avance sur les générations futures." Chercheur en Ingénierie relationnelle et médiation professionnelle - CREISIR. Directeur de publication de L'Officiel de la Médiation, initiateur de la Médiation Professionnelle et du droit à la médiation, auteur de "Pratique de la médiation professionnelle" (ESF Sciences Humaines), du Dictionnaire de la Médiation (ESF sciences Humaines), de "Et tu deviendras médiateur et peut-être philosophe" (Médiateurs Ed.), Président de l'EPMN. "... La vie ne m’a pas déçu ! Je la trouve au contraire d’année en année plus riche, plus désirable et plus mystérieuse..." Friedrich Nietzsche, Le gai savoir, aphorisme 324, 1882