Pour un bien vivre ensemble, chacun chez soi ?

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Et si la solution aux tensions de plus en plus croissantes en Europe étaient que chacun reste chez soi ou que chaque communauté reste dans son pays ?

Cela signifierait qu’au sein de chaque communauté, il y aurait cohésion, entente ?

Cela signifierait également que chaque communauté connaisse à n’en point douter ses origines, son ancrage – quoique si ancrage il y avait, il n’y aurait aucun phénomène migratoire ?

A bien y regarder, et je vous invite à regarder autour de vous, la mixité est partout et depuis que l’homme n’est plus sédentaire.

Alors, qu’est-ce qui créé le bien vivre ensemble ?

Je vais vous raconter une expérience récemment vécue sur l’Ile des Dieux, Bali en Indonésie…

Le 29 mars 2026 ont eu lieu deux évènements importants : Nyepi pour les hindouistes, Idul Fitri pour les musulmans :

Nyepi qui signifie «rester silencieux», marquait le début du nouvel an balinais selon le calendrier hindouiste Caka. Après le vacarme de la veille du aux processions des Ogoh-ogoh monstres géants de papier mâché personnifiant les Bhuta-Kala (forces démoniaques, esprits négatifs perturbateurs), place est faite au silence et la purification par le recueillement et la réflexion, durant 24 heures. L’île devient en apparence désertée : tout est fermé, personne ne sort de chez lui à l’exception des Pecalang qui patrouillent dans les rues pour veiller au respect des coutumes et à la sécurité, pas d’éclairage, même l’aéroport est fermé…

Idul Fitri marquait pour les musulmans, la fin du Ramadan, mois de jeûne, de prière et de réflexion spirituelle. Appelé plus spécifiquement Lebaran, en Indonésie, Idul Fitri célèbre les valeurs morales, le pardon et la solidarité. Dès la veille de la fête, appelée malam takbiran, les rues résonnent des chants de louange (takbir). Parfois, des cortèges parcourent dans une atmosphère joyeuse les quartiers avec des lanternes et au son des tambours. Le lendemain matin, des millions de personnes se rendent à la mosquée ou prient en plein air pour la grande prière d’Idul Fitri.

Cette année Malam Takbiran correspondait à la soirée silencieuse du Nyepi… Comment Bali s’est organisé ?

Les leaders des deux communautés ont convenu ensemble de diverses mesures afin que les traditions de chacune soient respectées. Les musulmans ont accepté de faire la prière de Malam Takbiran à domicile, sans qu’il soit utilisé de haut-parleurs. Ceux qui étaient proches de la Mosquée ont pu se déplacer en silence, à pied et au clair-obscur,  afin de se réunir pour prier. La prière du lendemain, la prière de l’Aïd-al-Fitr s’est faite après 6 heures du matin, heure où s’achève le Nyepi.

Une large communication avait été préalablement mise en place contenant des messages communs de fraternité et d’harmonie interreligieuse et tout s’est bien passé !

En fait, l’Indonésie se caractérise par un projet sociétal fort ayant pour devise, l’unité dans la diversité… Ce qui relève encore du miracle en Occident ou en Orient, est devenu possible et effectif dans ce pays constituant le plus grand archipel au monde avec ses 17.000 îles dont 922 habitées, 287 millions d’habitants composant 600 ethnies parlant plus de 700 dialectes.

Quel est le secret ?

Rassembler les communautés n’a pas été sans mal mais le résultat est là…

Après avoir adopté une langue commune, le Bahasa Indonesia, un hymne, Indonesia Raya, ce jeune pays après avoir conquis son indépendance et s’être dégagée de 300 ans d’occupation, a opté pour des règles de vivre-ensemble, le Pancasila étymologiquement les 5 principes – le nombre 5 étant symbolique, références faites aux 5 piliers de l’islam, 5 doigts de la main des 5 sens, 5 frères Pândava du Mahābhārata.

Le Pancasila qui résonne en chaque indonésien, fut proposé par le premier Président de l’Indonésie, Soekarno, puis après assentiment, inséré dans la constitution. Il constitue un socle de cohésion sociale basé sur cinq principes fondamentaux portant sur la croyance en un seul Dieu quel que soit le groupe religieux (Ketuhanan Yang Maha Esa), une humanité juste et civilisée (Kemanusiaan yang adil dan beradab), l’unité de l’Indonésie (Persatuan Indonesia), un gouvernement démocratique par la sagesse et la représentation (Kerakyatan yang dipimpin oleh hikmat kebijaksanaan, dalam permusyawaratan perwakilan), une justice sociale pour tous (Keadilan sosial bagi seluruh rakyat Indonesia).

Promouvoir l’unité nationale est une préoccupation majeure quotidienne du gouvernement indonésien et c’est ainsi qu’en matière :

  • d’éducation : Les élèves apprennent dès leur plus jeune âge, les principes du Pancasila et l’importance de l’unité nationale.
  • de politique de tolérance religieuse et culturelle : L’Indonésie est un pays caractérisé par une grande diversité culturelle et religieuse. Le gouvernement promeut la tolérance et l’acceptation de cette diversité en encourageant le respect des différentes croyances et cultures. C’est ainsi que des forums et des initiatives de dialogue sont encouragés entre les différentes communautés religieuses et culturelles afin de favoriser la compréhension mutuelle et à prévenir les conflits, lutter contre l’extrémisme et le radicalisme.
  • de gouvernance : la participation de divers groupes ethniques et culturels dans la vie politique du pays est vivement encouragée. Des politiques sont mises en place pour assurer une représentation équitable dans les organes gouvernementaux.
  • de communication : Les autorités indonésiennes utilisent les médias et d’autres canaux de communication pour promouvoir les valeurs du Pancasila et souligner l’importance de l’unité nationale. Des campagnes sont menées pour renforcer le sentiment d’appartenance à une nation unie.
  • de commémorations nationales : Des événements et des cérémonies nationales sont organisés pour célébrer l’unité nationale et rappeler l’importance des principes du Pancasila.

Il s’agit là d’un exemple de projet sociétal adopté par tout un ensemble de personnes qui ont souhaité construire ensemble, mettre en commun pour oeuvrer au bénéfice de l’indépendance et la liberté et si la constitution et ses règles issues du Pancasila sont appliquées, c’est sans doute parce qu’elles ont du sens pour chaque indonésien, car nées d’une entente originelle, d’une histoire commune, d’un objectif collectif. Ainsi, plutôt que l’affrontement, la rivalité, l’adversité, la posture adoptée est et sera toujours celle du dialogue et de l’accueil de l’autre dans sa différence.

Tiens tiens… cela me rappelle étrangement la Médiation Professionnelle qui se développe peu à peu en France et ailleurs, cette médiation professionnelle qui prône avant tout l’entente et l’entente sociale, chamboulant ainsi les acquis du contrat social qui, nous le voyons hélas aujourd’hui, a ses limites…

Et si nous réfléchissions à ce nouveau paradigme afin d’envisager autrement le bien vivre ensemble – car finalement nous ne pouvons vivre reclus ? Si le secret de cette entente résidait non plus dans l’adversité, l’opposition, le rejet, l’exclusion, la domination mais plutôt dans l’altérité, l’accueil, la reconnaissance ? Le bien vivre ensemble, la qualité relationnelle ça s’apprend et nous avons des professionnels dans le domaine… avis est donc donné à nos politiques !

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