Désormais, la profession de médiateur est connue. Qu’elle soit ou non reconnue par des autorités d’État importe peu : elle se doit et elle doit être indépendante ; c’est dans sa devise ; c’est l’un de ses principes fondateurs. Cette profession est née dans le même creuset que la Chambre professionnelle de la Médiation et de la Négociation et reste liée à celle-ci par son Code d’éthique et de déontologie. Ce qui la distingue de toutes les autres approches de médiation, c’est qu’elle n’est pas moralisatrice, pas juridique ni normative. Elle repose sur une instrumentation rationnelle et clairement identifiable. Sa formation est exclusivement dispensée par une école : l’école professionnelle de la médiation et de la négociation.
Les concepts et outils développés en médiation professionnelle et en qualité relationnelle reposent sur un modèle que j’ai élaboré en 1987 à partir d’une triangulation qui se déploie en structure tétraédrique. La géométrie sert à fonder les raisonnements. Ici, elle sert bien plus qu’à penser, elle sert à réfléchir aux relations. Elle illustre des phénomènes à l’œuvre dans les relations humaines. La proximité apparaît d’abord dans l’organisation même du modèle.
Une triangulation organise trois éléments en les reliant entre eux. Chacun prend sens dans la relation qu’il entretient avec les deux autres. Le passage au tétraèdre introduit une organisation dans l’espace et permet de considérer simultanément plusieurs relations au sein d’une même structure.
Cette organisation trouve son correspondant dans les relations humaines. Une situation relationnelle associe perceptions, interprétations, positions, attentes, réactions et ajustements. Ces composantes se répondent, s’influencent et forment un agencement dynamique.
La proximité devient plus manifeste lorsque deux structures tétraédriques entrent en interaction. Géométriquement, deux tétraèdres de même taille s’interpénètrent symétriquement en sens opposés. Leur assemblage forme une stella octangula. Chaque structure conserve sa propre organisation et l’imbrication produit une configuration commune. Cette configuration possède sa structure propre, issue de la rencontre des deux ensembles.
Il en va de même dans une relation humaine. Deux personnes disposent chacune de leurs repères, de leurs perceptions, de leurs raisonnements et de leurs modes d’interprétation. Leur interaction fait émerger une configuration relationnelle spécifique. La relation prend forme dans cette rencontre entre deux organisations distinctes. Il est possible d’avoir des approches différentes. Certaines produisent des confusions lorsque les composantes cessent d’être distinguées. La démonstration géométrique a cette force de clarification.
La stella octangula rend ainsi visible une propriété essentielle du phénomène relationnel : deux structures différenciées peuvent s’imbriquer et produire une organisation commune.
Le désimbriquement des deux tétraèdres fait ensuite apparaître une nouvelle propriété. Un chemin devient visible dans l’agencement. La structure se déploie alors sous la forme d’un parcours continu. Cette transformation correspond au passage de la configuration relationnelle au processus relationnel.
Dans l’interaction, chacun occupe une position, interprète ce qu’il perçoit et répond à partir de son propre système de référence. La relation évolue par une succession de déplacements : modification de la perception, reformulation, évolution du raisonnement, réinterprétation des intentions, repositionnement et ajustement.
Le chemin révélé par le désimbriquement représente cette continuité du parcours relationnel. Deux nouvelles configurations apparaissent.
- La première conduit à un ruban orientable. Deux faces restent distinctes pendant tout le parcours. Cette organisation correspond à une interaction dans laquelle chacun évolue à partir de son propre référentiel tout en maintenant une relation avec celui de l’autre.
- La seconde configuration introduit une torsion dans le parcours. Lors de la fermeture du ruban, cette torsion produit une surface non orientable. Le parcours continu conduit d’une orientation à l’autre au sein d’une seule et même surface.
Cette propriété trouve un correspondant direct dans les processus relationnels. Dans tous les cas, chaque personne conserve son identité et accède à une autre approche de la situation. Son point de vue s’élargit par le déplacement du référentiel depuis lequel il observe, interprète et comprend.
La torsion du ruban traduit ce changement de position. Le parcours assure la continuité du déplacement et conduit progressivement d’une orientation à l’autre. La proximité structurelle se déploie ainsi selon une succession cohérente.
- La triangulation organise les composantes.
- Le tétraèdre les structure dans l’espace.
- L’imbrication de deux tétraèdres met en interaction deux organisations distinctes.
- La stella octangula figure la configuration produite par cette interaction.
- Le désimbriquement révèle le processus contenu dans cette configuration.
- Le chemin représente la continuité des ajustements.
- La torsion introduit le changement de position.
- La non-orientabilité traduit le passage continu d’une orientation à une autre.
La structure géométrique fait ainsi apparaître successivement les mêmes opérations que celles observées dans les phénomènes relationnels : différenciation, organisation, interaction, imbrication, déploiement, reprise, déplacement et transformation des positionnements. En commençant par un simple point, la complexité des interactions va jusqu’à l’observation des configurations fractales.
La proximité structurelle tient à cette succession d’opérations et à leur organisation. Les différences demeurent présentes dans une structure commune. Le parcours transforme la manière de considérer les positions et ouvre l’accès à une autre orientation de la situation.
La construction géométrique donne ainsi une forme visible à un processus central de la qualité relationnelle : partir d’une organisation propre, entrer dans une interaction, identifier la structure produite par cette interaction, suivre le chemin qu’elle contient et modifier progressivement sa position dans la relation.
Le maintien de la relation théorique avec ce modèle répond à plusieurs fonctions. Il assure d’abord la cohérence structurelle de l’ensemble : les concepts, les outils et les processus restent reliés à une même organisation de référence. Il soutient ensuite la rigueur méthodologique en permettant de vérifier les enchaînements, les articulations et les transformations mobilisées dans la pratique. Il contribue enfin à l’esthétique de la modélisation, entendue comme recherche de simplicité, de lisibilité et de cohérence dans la représentation.
Le modèle devient ainsi un instrument de réflexion. Il aide à clarifier les techniques, à ordonner les processus, à repérer les confusions de niveaux et à maintenir la continuité entre théorie, méthode et intervention. Cette instrumentation donne à l’ingénierie systémique relationnelle (ISR) un cadre de conception, d’analyse et d’ajustement pour élaborer des pratiques cohérentes, transmissibles et révisables.
Cette géométrie relationnelle ne se limite pas à la médiation professionnelle ; celle-ci en constitue une application méthodique dans le champ des contextes d’instruction, de l’aide à la décision et du management contributif.
Le médiateur professionnel l’utilise dans ses interventions. Il éclaire les choix possibles, énonce des hypothèses, présente des possibilités, met en évidence des probabilités, facilite la réflexion pour que l’interaction contribue à la définition d’un projet. C’est un outil incontournable de la profession de médiateur. Ainsi, toute formation à la qualité relationnelle, généraliste ou au travail (QRT), fondée sur l’éthique, s’appuie sur ce modèle et propose aux apprenants un travail avec l’étude SIC.
Vos ressources
- etudesic.com : pour sa communication
- epmn.fr : pour les médiateurs professionnels
- epmn.pro : pour les managers et négociateurs




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