L’OCDE se lance dans la mesure du bien-être

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Le 24 mai 2011, à l’occasion de son 50ème anniversaire, l’OCDE a dévoilé sur son site internet un indicateur de bien-être baptisé « Vivre mieux ». Il s’agit d’une première expérimentation avant la publication d’une nouvelle génération d’indicateurs de progrès social dont la publication fera l’objet d’un rapport intitulé « How’s life? » prévu pour octobre 2011. Cette initiative trouve un écho particulier auprès des médiateurs professionnels dont l’action s’inscrit dans cette dimension non marchande du bien-être, la qualité relationnelle.

L’échelle n’est évidemment pas la même. L’OCDE s’adresse avant tout aux gouvernements, compare les nations, publie des analyses destinées à aider à la mise en œuvre de politiques publiques, alors que les médiateurs professionnels s’intéressent aux individus et aux organisations en tant que lieux privilégiés d’interactions entre les individus. Plus particulièrement, les médiateurs professionnels interviennent auprès des entreprises avec une offre qui intègre à la fois un dispositif de mesure de la qualité de vie, et des solutions concrètes d’amélioration. Les indicateurs utilisés par les médiateurs sont donc plus détaillés que ceux de « Vivre mieux », et plus spécifiques au monde du travail. Mais les approches méritent d’être comparées, tant elles semblent participer d’un même mouvement en faveur d’une meilleure prise en compte de la qualité de la vie dans la mesure du progrès économique et social.

Le projet « How’s life » a pour but de pallier les faiblesses des indicateurs macro-économiques, de moins en moins représentatifs du bien-être, que publie l’OCDE depuis 50 ans. Il s’inspire largement du rapport de la commission Stiglitz – Sen – Fitoussi mise en place en 2008 par Nicolas Sarkozy pour réfléchir aux limites du PIB en tant qu’indicateur de performance économique et de progrès social. Le rapport Stiglitz aborde la mesure de la qualité de la vie selon différentes approches, en particulier celles de « bien-être subjectif » et de « capacité ». L’idée du bien-être subjectif part du principe que les personnes elles-mêmes sont les mieux à même de juger de leur propre situation, de leur vécu, de leurs ressentis. La notion de capacité recouvre non seulement l’ensemble des aptitudes en termes de capacités à faire, à accomplir, mais aussi en termes d’opportunités, de liberté de choisir.

Cette mesure du bien-être est, pour les médiateurs professionnels, un bon révélateur de situations conflictuelles ou potentiellement conflictuelles. Le Contrat Cadre Ethique et Médiation développé par l’Ecole Professionnelle de la Médiation et de la Négociation (EPMN) vise précisément à évaluer le bien-être dans l’organisation, puis à mettre en œuvre des processus durables de prévention des conflits et d’optimisation de la qualité relationnelle. La phase de diagnostic est basée sur un questionnaire, l’Inventaire Systémique de la Qualité de Vie au Travail (ISQVT), élaboré par le CLIPP (Québec), partenaire de l’EPMN.

Les postulats de l’ISQVT sont relativement simples : dans chaque domaine de la vie et de la vie au travail, le but de nos actions est de tendre vers le bien-être. Par conséquent, nos comportements visent à réduire l’écart entre notre situation actuelle et les objectifs que l’on se fixe. Ces principes se traduisent en 34 questions réparties en 8 domaines d’analyse couvrant tous les aspects de la vie au travail. Pour chaque question, la stratégie de mesure est la même et comprend 4 étapes :

  • La personne se positionne par rapport à un idéal. Cette première étape permet de définir l’échelle utilisée par la personne elle-même.
  • Puis elle identifie son but par rapport à cet idéal, c’est-à-dire ce que serait pour elle une situation acceptable ou désirée.
  • Ensuite, elle indique si elle se rapproche ou si elle s’éloigne de son but, et à quelle vitesse (l’écart entre la situation actuelle et la situation désirée est plus ou moins facile à vivre selon que l’on s’en rapproche ou s’en éloigne).
  • Enfin, elle évalue l’importance relative du sujet (l’écart n’aura pas le même poids selon que le critère est jugé peu important ou essentiel).

L’ISQVT fournit donc une évaluation objective et quantifiée du bien-être subjectif au travail. La dimension « Capacité » apparaît dans la mesure de la direction (rapprochement ou éloignement), et dans la vitesse du mouvement. Cette étape permet d’agréger le niveau de capacité de la personne par rapport au sujet, sa liberté d’action, le niveau de contrôle dont elle dispose. Le CCEM s’appuie sur les résultats de l’ISQVT pour élaborer des plans d’actions collectifs et individuels, en complément du contrat cadre lui-même. Cet indicateur constitue pour l’organisation une outil de mesure objectif de l’efficience des actions menées pour atteindre le bien être recherché.

Avec l’ISQVT, la médiation professionnelle appréhende la qualité de vie dans les organisations de manière méthodique et rationnelle. Cette approche, ainsi que le démontre la démarche de l’OCDE, est moins un effet de mode que le produit d’une époque. Les critères non économiques de bien-être deviennent de plus en plus des critères de différenciation, de concurrence auxquels sont confrontées les nations comme les organisations. Des agences de notation se sont spécialisé dans la production d’indicateurs non exclusivement économiques, intégrant la responsabilité sociétale des entreprises (voir à ce sujet le « Guide des organismes d’analyse sociale et environnementale » de l’Observatoire sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises – ORSE). Ces indicateurs, essentiellement destinés aux investisseurs, agrègent un grand nombre de dimensions économiques, sociales, environnementales, de gouvernance des entreprises.

Le CCEM est différent en ce sens qu’il constitue un outil au service des managers. En agissant directement sur les processus de l’entreprise, il apporte une plus grande efficacité dans le traitement des inévitables litiges, différends, conflits, inhérents à la vie en société, par la mise en œuvre d’actions concrètes à tous les niveaux de l’entreprise. Ainsi, la médiation professionnelle postule que la qualité relationnelle est moins la conséquence de facteurs extérieurs ou circonstanciels que l’effet d’une compétence que chacun, dans l’entreprise, peut acquérir.