Les rendez-vous manqués de la réforme des rythmes scolaires à Paris

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Réforme des rythmes scolairesLa dernière réunion de concertation mise en place par la Mairie de Paris sur la réforme des rythmes scolaires s’est tenue le 25 février 2013.

Au fil des interventions, les forces en présence se sont distinctement positionnées : la Mairie d’un côté, les enseignants de l’autre, les parents au milieu. Et en outsider, les organisations en charge du périscolaire, qui s’efforcent de ménager la chèvre et le chou en poussant vers la réforme sans se mettre à dos les enseignants.

Et l’intérêt des enfants est partout puisque tout le monde s’en réclame.

Lors de cette réunion, la dynamique des rapports de forces était surtout reconnaissable au travers des discours, dans les stratégies oratoires mises en œuvre par les uns et les autres.

Prenons par exemple Jean-François Fontana, secrétaire du syndicat Sud-éducation, l’un des premiers à s’exprimer. Un orateur percutant. D’un bout à l’autre, son intervention fut une harangue énergique et passionnée, à mi-chemin entre l’exaltation et la colère.

Par curiosité, votre serviteur s’est essayé à faire abstraction du sens de son propos pour focaliser son attention sur la musique des mots, leur rythme, les intonations, le jeu avec le public. Petit à petit, le seul ton du discours a suffi pour exercer un effet attractif, tant l’orateur avait des accents convaincants.

Une autre stratégie oratoire a été observée, utilisée notamment par Colombe Brossel, adjointe au Maire de Paris en charge de la vie scolaire. Elle consiste, après avoir exprimé une idée controversée, à enchaîner immédiatement sur l’idée suivante en montant d’un cran le volume sonore. L’objectif est double : surmonter le début de brouhaha du aux réactions hostiles, et attirer l’attention des indécis. L’orateur et les éléments hostiles du public entrent alors un bref instant dans une forme de compétition sonore. C’est à celui qui l’emportera.

Ces stratégies oratoires, connues depuis l’antiquité, sont caractéristiques d’une communication en adversité. Les discours laissent une grande place à la forme et aux émotions, les fameux « ethos » et « pathos » de la rhétorique d’Aristote. Il s’agit de vaincre plutôt que convaincre. D’imposer un point de vue en donnant une bonne image de soi. De faire plier la partie adverse en l’attaquant directement ou en la discréditant aux yeux du public.

Ce mode de communication est en réalité privatif de la liberté de réfléchir, de dialoguer et de choisir de manière éclairée. Il est finalement très éloigné de la concertation, focalisant les esprits sur des positions arrêtées, des opinions bien tranchées.

Sans aucun doute, quelque chose finira par émerger. Un nouvel équilibre, qui sera le produit comme on dit en physique de la force résultante, la « somme vectorielle des forces que subit un corps ».

Mais il existe une manière plus efficace de se concerter, de dialoguer, de permettre à chacun non seulement de s’exprimer, mais surtout d’être écouté. Une démarche fondée sur l’altérité et sur l’éthique.

L’altérité est un principe selon lequel le point de vue de chacun est légitime, fondé sur de bonnes intentions pour soi-même, parfois exprimé de manière un peu maladroite. L’altérité permet d’aborder la relation sans les entraves des émotions conflictuelles.
L’éthique est un mode de raisonnement fondé sur une réflexion logique, rationnelle, ouverte, débarrassée des principes moralisateurs érigés en valeurs absolues, du prêt-à-penser dogmatique.

Ces deux principes, l’altérité et l’éthique, sont le fondement de la liberté de réfléchir, de communiquer, de décider et d’agir.

La Chambre Professionnelle de la Médiation et de la Négociation s’engage activement dans la promotion de ces principes d’altérité et d’éthique.

Une proposition volontaire de médiation a été envoyée le 14 février 2013 à Monsieur Delanoë, Maire de Paris, sous l’égide de ViaMédiation, le réseau de la CPMN. Le but de cette proposition est d’intégrer la démarche de médiation dans les travaux relatifs à la réforme des rythmes scolaires à Paris, en rétablissant un dialogue de qualité.

Quel que soit l’horizon de sa mise en œuvre, 2013 ou 2014, c’est la qualité des discussions qui rendra possible la prise en compte des intérêts de chacun, et qui confortera les décisions prises pour qu’elles soient source de progrès dans la durée.

Philippe Jacquet
Invité
Philippe Jacquet

Monsieur Delanoë a tranché apparemment au terme d’une concertation, pas d’une médiation
http://m.sfr.fr/home/u/news/s/politique/a/urn:pwpid:1452021/article-news.html