Faut-il savoir écouter ?

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Beaucoup de professionnels, y compris de la relation d’aide, sont convaincus qu’ils pratiquent une écoute qui inclut la personne, et qu’ils arrivent à des interprétations et observations définissant cette personne. Mais leur réalité de ce qu’est l’écoute est mal définie.

Beaucoup de professionnels de l’accompagnement ont appris et sont convaincus qu’ils doivent être capables de décoder l’autre, de l’interpréter ; c’est d’ailleurs souvent ce qui est attendu d’eux. Leur intervention ira alors logiquement dans ce sens (même s’ils assurent à l’accompagné être sans jugement). Ils intègrent ainsi une forme d’écoute qui exclut la personne au profit d’une idée ou interprétation de la personne.

Dans cette forme d’écoute, l’attention est portée sur la compréhension de l’autre, au détriment d’être portée sur L’AUTRE.

En d’autres termes, le professionnel est à ce moment trop préoccupé par sa propre recherche de compréhension, technique, qu’il a apprise, pour être véritablement disponible à l’écoute de la personne. Il est centré sur lui-même, sur son effort et il ne lui reste que peu de disponibilité à l’autre, donc peu de chance de pouvoir l’entendre.

Nous avons là une première exigence fondamentale de l’écoute : elle demande avant toute chose une attention libre, une disponibilité à recevoir, à laisser venir à soi.

L’écoute est réceptive et non émissive.

De même qu’il faut faire silence dans le monde physique si l’on veut entendre clairement les bruits environnants, de même il faut faire silence dans sa pensée si l’on veut écouter l’autre de manière à l’entendre. Et ce silence ne se fait pas lorsque nous cherchons à interpréter ou à expliquer, car dans ce cas, nous sommes dans une attitude essentiellement émissive ; nous faisons trop de « bruit » nous-même pour pouvoir entendre les bruits extérieurs. Ceux-ci existent, ils passent mais nous ne les captons pas. Nous n’avons pas fait suffisamment silence pour être en état d’écouter. La personne parle, amène son monde, son univers qui est elle, mais nous ne le remarquons pas.

Nous entendrons peut-être ses mots mais pas la personne et ce qu’elle exprime d’elle au travers de ces mots. Ce n’est pas véritablement avec cet être humain unique que nous serons en contact. La relation de personne à personne ne s’établit pas, et elle manque….. terriblement.

Je suis heureuse de faire partie des professionnels de l’ingénierie relationnelle. Le cursus de médiateur professionnel et son enseignement rigoureux de l’altérité est tout simplement inégalable. L’écoute active, tant prônée par l’ensemble des professionnels de l’accompagnement est tout simplement dépassée et rien ne permet de mieux accompagner les personnes que de manier les concepts de la reconnaissance et de l’altérité.

C’est à ce moment là que l’accompagnement commence.