Couper la parole ou subir le ciseau : ça vous tente de faire autrement ? (5/5)

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Malheur à celui qui coupe la parole. Si je coupe la parole, je serais cet être égocentrique, mal poli, en prise avec son besoin de se faire légitimer, voire d’assoir son pouvoir.

Amusons nous et autorisons nous une petite variation autour de cette expression qui a pris son envol à partir des années 80 au regard de l’histoire des textes publiés.

 J’ai d’abord parlé des journalistes qui couperaient la parole pour le « bien » des auditeurs ; ensuite j’ai évoqué le cas d’une autre espèce disposant de la même manie : les hommes ; ils coupent la parole des femmes d’une manière suffisamment fréquente et répandue pour que cette réalité soit consacrée sociologiquement : on appelle cela le Manterrupting, vous connaissez ? Puis j’ai partagé le constat que cette limite nous concerne tous et que l’on vit dans une société où la parole s’est démocratisée tandis qu’elle est engagée dans un processus d’affranchissement des hiérarchies traditionnelles. Tout le monde a le droit de parler, tout le monde (ou presque !) veut parler, et chacun peut être amené à couper la parole de l’autre. Au final quand une personne coupe la parole à une autre personne, est-il pertinent d’aller chercher des solutions du côté de celui qui coupe ou de celui qui est coupé ? Quand une personne mobilise le temps de parole alors qu’elle n’ a pas une légitimité supérieure aux autres participants, comment penser cette réalité pour donner plus de satisfaction à ceux qui souhaitent échanger de manière plus équilibrée?

Vous vous sentez peut-être concernés par ces questions : vous avez l’impression de ne pas être assez entendu, vous en avez marre de ne pas vous faire entendre ; vous aimeriez pouvoir davantage prendre place dans un échange mais vous ne voyez pas comment faire ; vous ne souhaitez pas franchir le pas de couper la parole car cela vous apparait trop agressif, éloigné de vos valeurs etc ; ou bien au contraire vous le faites : vous êtes ce journaliste à qui l’on a appris que couper la parole était une technique journalistique et vous faites semblant d’adhérer car au fond vous voyez que ce n’est pas satisfaisant. Vous êtes cet homme qui a fait le constat qu’il coupe la parole plus aux femmes qu’aux autres et au fond de vous, vous vous dites que vous n’êtes pas « macho », que ça n’a rien à voir. Mais ce serait quoi alors ?! Vous êtes cette femme qui « s’avoue » que les femmes ne vous écoutent finalement pas plus que les hommes. Mais vous réservez ce constat uniquement aux hommes en laissant de côté l’autre partie du constat (les femmes ne vous écoutent pas plus) : cela vous rassure de savoir que tout ceci n’est pas de votre fait, que ce sont les hommes qui dominent « comme d’habitude ». Vous avez peut-être usé de stratégie qui n’ont pas eu l’effet escompté.

Vous vous reconnaissez dans une des situations énumérées ci avant et vous ressentez une insatisfaction ; vous aimeriez bien que cela change. Vous vous dites peut-être que vous n’êtes pas un orateur/oratrice, que vous n’êtes pas quelqu’un de suffisamment intéressant, que vous n’êtes pas une personne que l’on a envie d’écouter, contrairement à d’autres, si brillantes, si à l’aise, si naturellement habiles dans un échange. Vous en tirez peut-être la conclusion que c’est comme ça, qu’il vous faut faire avec, que finalement ce n’est pas si mal d’être dans la position du « discret », de « l’humble » et en même temps une petite voix au fond de vous n’est pas tout à fait d’accord avec cette résignation. Mais comment faire ?

J’ai une bonne nouvelle pour vous : ce sujet touche à la communication et contrairement à tout ce qui est véhiculé, échanger et ainsi être en relation avec quelqu’un, cela s’apprend (même avec soi même!). Vous ne le saviez pas ? Moi non plus. Jusqu’à ce que j’entende parler de l’ingénierie relationnelle. Essayez et vous verrez, vous ne pourrez plus vous en passer !

Typhaine Guézet