Une femme serait moins capable qu’un homme…

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La polémique soulevée lors de l’élection de Maître Anne Cadiot-Feidt en tant que nouveau bâtonnier de l’ordre des avocats de Bordeaux témoigne d’un état de la mentalité de certaines personnes qui ont pourtant choisi de représenter et de défendre tout un chacun de la même manière.

Selon un avocat pénaliste de Bordeaux, une question se poserait quant à la capacité des femmes à pouvoir assumer le rôle de bâtonnier. Une femme ferait moins l’affaire qu’un homme pour diriger un ordre. Ce type de préjugé sévit partout dans tous les domaines d’activité de la société. A contrario, il y a lieu de s’interroger sur les aptitudes réelles d’un avocat qui considérerait qu’une femme aurait moins de capacités qu’un homme. A cette occasion, on comprend d’où viennent les résistances à faire progresser la médiation professionnelle, laquelle s’affirme dans l’égalité des droits, tandis que le sexisme s’exprime sans retenue.

Le discours que voile à peine les propos de l’avocat en cause sur la vidéo de LCI est celui d’un système autoritaire, fondé sur l’idée qu’il y aurait dans le genre humain des individus naturellement promis à certaines fonctions auxquelles les autres devraient se soumettre. Il y aurait ceux qui seraient lucides aux choses du monde, faits pour le commandement, prendre les décisions, et ceux – ou clairement celles – qui devraient leur apporter le café. Ce type de conception, qui se terre souvent dans les foyers, sort parfois le nez dans la vie professionnelle. Il est d’évidence un obstacle à l’établissement des conditions d’un dialogue entre les personnes. Dés lors qu’il y a un homme et une femme, celle-ci devrait se satisfaire d’apparence et tacitement se soumettre.

Il est donc naïf de penser que la culture française aurait fait son oeuvre. Les déclarations des droits humains seraient conjugués au masculin. Clairement, l’esprit d’égalité n’est pas un acquis.

Le discours discriminatoire apparaît hors de notre temps. Et pourtant. D’évidence, la profession d’avocat a tout lieu de puiser dans la médiation professionnelle pour faire progresser ces vieilles mentalités qui ont tant de mal à céder la place. Les médiateurs dont la profession émerge avec un encadrement éthique et déontologique ambitieux, ont ainsi une lourde responsabilité dans cette vigilance à garantir le contexte de la libre décision dans les médiations qu’ils conduisent. Cette libre décision ne peut exister que dans des rapports d’égalité. S’ils ne sont pas attachés au respect de ces conditions, ils n’apporteront rien de nouveau, alors qu’ils ont tout lieu de promouvoir leur posture « extra-ordinaire ».

Avec cet événement, je comprends pourquoi ce n’est pas simple de faire entendre les principes de la médiation professionnelle dans cette profession d’avocat où certains acteurs influents dans les coulisses parfois se délient la langue.

3 Commentaires
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[…] Il convient de revenir sur les propos du premier président de la cour d’appel de Bordeaux, M. Dominique Ferrière, publié sur le site Les Annonces de la Seine, le 12 février 2015. Le 1er président est très clair : il est un partisan de la médiation obligatoire. Et il ne s’en cache pas. Il a désigné Madame le conseiller Wagenaar en qualité de magistrat référent pour la médiation, avec la mission d’établir un annuaire régional de la médiation. Il est porteur d’un projet régional avec Madame le Bâtonnier Cadiot-Feidt. […]

Jérôme Messinguiral
Admin
11 années plus tôt

C’est la preuve que les préjugés sexuels disqualifiants persistent. Ces avocats, en premières lignes pour défendre et attaquer lors de séparation et de divorce, sont ils portés par ces mêmes conceptions qui les ont fait réagir devant cette élections ? Il y a quelques mois j’avais fait un papier sur la journée des femmes, qui représente pour moi l’échec de l’égalité homme/femme http://jmphoenix.info/jmsmediation/2012/03/02/le-8-mars-le-reflet-dun-echec/

Doriane Bossut
11 années plus tôt

Les Médiateurs Professionnels impliqués dans le monde de l’éducation travaillent, à améliorer la qualité relationnelle dans les établissements scolaires, entre élèves et adultes mais aussi entre les élèves eux-mêmes de façon à ce que le vision de l’autre évolue et qu’il soit reconnu, quel que soit son sexe, son point de vue… 
A cet âge où tout est possible, nous voulons promouvoir cette posture extra-ordinaire, cette alternative à la relation entre les humains…