Pratiquer la médiation professionnelle en milieu scolaire

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Voici une situation mal vécue en milieu scolaire. Le sujet est celui de la tenue vestimentaire. Dans cet exemple, on pourra notamment y répondre à deux questions : la laïcité c’est quoi ? Un médiateur compétent, c’est quoi ?

La qualité relationnelle à l’école, quand la laïcité est emmêlée dans un bandana

Dans une école bordelaise, une collégienne s’est vue interdire de porter un bandana. La mère, vêtue en hijab, affiche sa conversion à l’islam et décrit la situation : «Elisa est entrée en 6e cette année. Dès la semaine de la rentrée scolaire, elle a porté son bandeau préféré. Le bandeau est orange fluorescent à motifs spiralés argentés, élargi sur le devant. Il est parfait pour masquer une acné frontale naissance en cette période prépubertaire.»

Tout se dégrade quand la direction de l’établissement interdit le port du bandeau. La raison rapportée serait que le bandana « ressemble à ce que portent les musulmanes sous leur foulard ».

Lors du cours d’éducation civique, Elisa porte le bandana. C’était probablement une occasion d’aborder le sujet, mais l’élève est convoquée et menacée de sanction jusqu’au renvoi. La direction de l’école considère qu’il s’agit d’un irrespect du règlement intérieur. Plus tard, Elisa y raturera sa signature.

Que faire en médiation me demande un parent ?

La médiation doit-elle être réalisée dans le cadre du respect du règlement intérieur ?

Est-ce avec une posture de médiateur se sentant tenu par le règlement intérieur que la mission pourra être réalisée ? Faut-il l’indépendance des médiateurs professionnels pour assurer ce type de mission ?

Les réponses sont logiques : si le règlement intérieur encadre le déroulement de la mission du médiateur, la discussion est close avant d’avoir commencé. La mission du médiateur consisterait en un rappel au texte de référence. Si le médiateur est un professionnel (la CPMN en est seule garante), alors la discussion pourra avoir lieu et si jamais c’est le règlement intérieur qui pose question, alors celui-ci pourra être discuté.

Ainsi, d’une part, avec leur code d’éthique et de déontologie des médiateurs, le CODEOME, les médiateurs professionnels peuvent intervenir dans la situation présentée en amont, tandis que les médiateurs des autres organisations, avec leur code national de la médiation (cf. référence à un droit national), affirment une limite à leur pratique de la médiation qui les cantonne au rôle de moralisateurs ou à un rappel aux règles ou à la loi.

La posture du médiateur professionnel relativement à la laïcité

Néanmoins, la question posée est liée à des craintes relatives à la montée de nouvelles pratiques religieuses. Peut-être y-a-t-il confusion entre port d’un vêtement ostentatoire et un bandana. Mais, tant du côté de la mère qui exhibe sa reconversion que de celui de la direction qui voit un risque d’extrapolation à partir d’un bandeau à cheveux, c’est la clarté du concept de laïcité qui est remis à l’ordre du jour.

D’évidence, l’idée a évolué depuis son invention. Aujourd’hui, elle recouvre le principe que toute personne peut croire ce qu’elle veut et est libre de pratiquer sa religion. Mais cette liberté ne saurait s’imposer à autrui ; elle renvoie chacun(e), au delà de sa vie privée, dans son intimité. Ainsi, personne ne saurait imposer ses croyances à autrui. Les signes d’un référentiel religieux sont bannis de l’espace public. Vivre cette liberté de manière intime permet à chacun de vivre ses croyances sans qu’autrui ait à en subir les conséquences comportementales ou visuelles.

Cette réflexion permet de dégager la laïcité de la liberté de croyance pour l’inscrire dans la liberté de croire ou de ne pas croire, c’est-à-dire dans la liberté de conscience et d’y associer la liberté d’expression. Chacun peut croire ou ne pas croire et sans exhiber de signalétique, peut librement exprimer ses opinions.

En conclusion

Ainsi donc, un médiateur professionnel est le plus à même d’aider les parties à réfléchir sur les causes et conséquences de leurs positionnements respectifs. Il peut permettre à chaque protagoniste de réfléchir à ce qui provoque la détérioration de la qualité relationnelle et à la manière de résoudre durablement leur différend. Il inscrit sa démarche non pas dans la perspective d’un accord de clôture du différend, mais dans celle du développement d’un projet pédagogique global auquel correspond d’ailleurs l’environnement scolaire. Ensemble et dans ce contexte spécifique de rigueur dans la liberté d’expression, les protagonistes peuvent mieux identifier les avantages que leur procure la laïcité pour garantir à chacun l’exercice de la liberté dans l’espace commun.