Lorsque le coaching rejoint la médiation

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Dans un précédent billet (ici officiel de la médiation) j’évoquais les différences entre ces deux métiers que sont le coaching et la médiation.

Beaucoup de coachs aujourd’hui se déclarent médiateur pour peu qu’ils aient eu à traiter quelques conflits, comme hier des consultants se déclaraient coach pour peu qu’ils aient eu à accompagner des clients dans un changement.

Pourtant nous parlons bien de métiers de l’accompagnement dans les deux cas mais avec une finalité  et des processus différents. La caractérisation des différences n’est donc pas aisée pour tout le monde. D’autant qu’il existe un moment où le coaching rejoint la posture du médiateur. C’est le moment de la réunion tripartite.

Cette réunion existe lors d’un coaching dans la mesure où le coach est en relation avec deux clients. Lorsque celui qui paie la prestation est distinct de celui qui profite de l’accompagnement.

C’est le cas notamment en coaching d’entreprise où le dirigeant ou le RH commande un coaching pour un de ses salariés, le cas le plus courant. Mais c’est aussi le cas lorsqu’un parent demande l’accompagnement de son adolescent ou jeune adulte. C’est en fait le cas chaque fois qu’un tiers vient inviter,  ou enjoindre une personne à se faire accompagner par un coach, et qu’il a lui-même un intérêt propre à ce que cette personne produise un changement. C’est ce que nous nommons le coaching prescrit.

Dans ce cas là le coach va devoir composer avec des regards différents, des opinions différentes sur les raisons, la finalité  et le contenu de l’accompagnement.

Et c’est lors de la réunion tripartite que le coaching va flirter avec la médiation.

En effet, le coach aura comme objectif non plus de faire réfléchir une mais deux parties dans un même espace temps pour qu’ils trouvent par eux même un accord sur l’orientation du coaching, les objectifs et les moyens de mesure. Sans cela la mission peut s’avérer périlleuse et les résultats pas à la hauteur ni des attendus du prescripteur ni  de la personne accompagnée.

Il y a donc ici une posture différente de l’accompagnement type coaching qui a lieu au cours d’entretiens confidentiels entre un professionnel et son client.

L’impartialité  est de mise dans une relation tripartite

On peut définir l’impartialité comme la distance que le tiers accompagnateur maintien vis à vis des parties qu’il accompagne  (Wikipedia) cette notion éthique et déontologique est incontournable en médiation et se retrouve dans le code de déontologie de la profession de médiateur. (lien vers CODEOME)

Dans un coaching sans prescripteur, l’impartialité, et donc la distance avec son client, prendra la forme du non jugement, d’une absence de posture de sauveur, d’une absence de moralisation et la garantie de ne pas tomber en sympathie ou en antipathie de son client.

Mais lorsqu’un tiers prescripteur s’invite dans la relation, l’affaire se corse car il faut mettre en place une distance avec les deux protagonistes, une position médiane qui garantira à l’un comme à l’autre l’absence de parti pris et l’absence d’intention du coach d’aller plus vers la solution du prescripteur que vers celle de la personne accompagnée ou l’inverse. C’est-à-dire s’associer aux propos de l’un ou de l’autre, valider les opinions contradictoires, ou simplement valider les représentations de l’un comme de l’autre. Certes c’est le cas dans une relation bipartie, mais cette notion est ici renforcée par la relation lors d’une réunion où les deux parties sont présentes. Aucun dérapage ne doit être fait sous peine de perdre la confiance de l’un et/ou de l’autre. Ce qui se dit en relation de coaching individuel avec le client que l’on accompagne reste confidentiel, il ne faut donc pas non plus au cours de la réunion entamer la confidentialité par maladresse.

De plus, une entorse à l’impartialité viendrait mécaniquement entamer la neutralité. C’est ce qui se passe lorsqu’un coach n’a plus suffisamment de conscience pour s’apercevoir qu’il joue avec le prescripteur donc contre son client qu’il accompagne, … ou bien l’inverse.

Dans les deux cas il se fait instrumentaliser et il y a fort à parier que sa mission soit compromise.

Et ce serait se méprendre de penser que celui qui instrumentalise le fait en toute conscience, car il est toujours persuadé que la façon dont il voit la situation est la bonne et que l’action qu’il mène sert la bonne cause.

Le coach doit donc prendre une posture spécifique garantissant aux parties la neutralité et l’impartialité et il doit donc être outillé pour lui permettre de tenir cette posture.

 

La réunion tripartite en coaching

Nous voyons ici de suite la comparaison qui peut être faite avec la réunion en médiation. Ce moment ou le médiateur met les protagonistes dans un même espace temps pour aller vers un accord. Deux camps qui potentiellement peuvent s’opposer, quand le rôle de l’accompagnateur sera de viser la collaboration pour sortir de la difficulté relationnelle dans laquelle ils sont englués.

Le coach a ce risque là en réunion tripartite. Avec une bonne intention et par maladresse il peut mettre en place une dynamique d’opposition à deux contre un, au lieu d’associer et de faire collaborer les deux parties, d’autant plus si la relation entre les deux protagonistes est déjà dégradée.

Le médiateur professionnel est outillé pour cela, il connait le processus menant à la dégradation de la relation allant de la confiance jusqu’à la méfiance en passant par la défiance et donc allant jusqu’au conflit. Le médiateur professionnel pratique l’art rhétorique lui permettant de faire réfléchir les personnes tout en conservant toute son impartialité et sa neutralité.

Mais le processus de médiation n’est pas le même que celui du coaching. Il y a bien dans les deux cas des entretiens individuels et une ou plusieurs réunions mais la pratique de la réflexion ne se fait pas dans les mêmes conditions. Le coach et le médiateur qui arrivent en réunion n’ont pas les mêmes données à travailler, et les personnes ne sont pas dans le même état d’esprit.

En médiation la réunion vise l’issue du différend qui, au départ, oppose les parties. La réunion tripartite en coaching sera quant à elle le lieu de convergence non pas vers une poursuite, une rupture ou une reprise de la relation des parties en présence, mais un point de convergence vers ce qui est prescrit à l’un des protagonistes. Pour qu’il accepte, comprenne, avoue ! Ce que le prescripteur dit être la réalité. On voit de suite ici comment le coach mal outillé peut se faire embarquer et passer du statut de professionnel à celui d’amateur. Je ne parle pas ici évidemment d’un coaching pour lequel la personne accompagnée est demandeuse. Et quand bien même elle le serait il se peut tout de même qu’un tiers bien intentionné lui ait soufflé l’idée et qu’il l’ait convaincu du bien fondé de se faire accompagner.

Il est donc utile, lorsque le coach arrive en réunion tripartite qu’il ait rencontré au préalable les deux protagonistes en entretien individuel et qu’il ait fait un premier travail d’explicitation de la demande de chacun. Ceci dans le but de vérifier une possibilité d’adéquation des demandes mais aussi de clarifier les postures, les enjeux et les intérêts de chacun.

Le point de sortie de cette réunion autour d’un accord sur le contenu de l’accompagnement, sa finalité, ses enjeux, ses objectifs assortis d’indicateurs, permettra de valider l’implication des parties dans l’accompagnement.

Il y a donc des différences dans le processus entre médiation et coaching lors des réunions, pour autant, la posture et l’outillage du professionnel se rejoignent.

Le coach médiateur

Au cours de cette réunion, le coach va donc prendre une posture très spécifique qui nécessite de maintenir une distance  face aux positionnements de chacun, à leurs intérêts et leurs enjeux, afin de mener une réflexion garantissant le bon déroulement de l’accompagnement, et la mise en place d’un changement.

Mais comment le coach est-il outillé pour faire réfléchir les personnes sans moraliser, comment est-il outillé pour les aider à raisonner sans conseiller, comment est-il outillé pour les faire avancer sans orienter le résultat par son diagnostic de la situation, comment est-il outillé pour convaincre sans argumenter ?

Le médiateur professionnel est rompu à cette pratique. Il utilise un processus structuré pour amener les personnes à prendre en compte le point de vue de l’autre sans se résigner, abandonner, ou qu’il considère que les choses lui sont imposées. Il accompagne les protagonistes à décider en libre choix en les aidants à dialoguer et à s’affirmer dans la relation.

Les coachs sont encore peu nombreux à s’être formés à la médiation. Pourtant au regard de la posture et de l’outillage nécessaire à la tenue de la réunion tripartite ils gagneraient en efficacité. Confronter les personnes à leurs contradictions, travailler le lâcher prise, légitimer les points de vue, être l’acteur de la reconnaissance des deux parties en présence sont quelques unes des thématiques que doit maitriser le coach lors de la réunion tripartite, qui ne s’apprend pas forcément  dans une formation de coach. La position souvent défendue dans cette situation par le coach, est d’un parti pris pour son client  accompagné ayant un regard désapprobateur sur l’entreprise, notamment dans des coaching de résolution, et d’autres fois d’un parti pris pour le client entreprise, avec un regard moralisateur sur le client accompagné. Dans les deux cas, le coach met en place un biais dans sa mission, dans sa posture, et dès lors ne garantit plus son professionnalisme.

Cette posture d’impartialité et de neutralité est encore en débat au sein de la profession de coach quand en médiation professionnelle elle fait partie intégrante des fondamentaux.