De la bienveillance du mediateur.

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Un médiateur qui prend soin de veiller au bien, à ce qui est bien, juge. S’il juge, il n’est plus médiateur.

la bienveillance est un sentiment moral, pas un sentiment politique.*

Ceci étant dit, il est bon d’analyser les raisons de cette erreur. Tout d’abord en déterminant ce dont il est question (la posture) ce à quoi il est fait référence (bienveillance vis a vis de la situation, des personnes, de la solution). Une fois la situation analysée, les solutions logiques nous détaillerons.

La bienveillance du médiateur met à mal sa posture. Mais quels éléments de sa posture sont impactés par une attitude bienveillante. Il y a trois aspects à envisager, la bienveillance vis à vis des personnes, vis à vis de la solution et vis à vis de la situation.

La bienveillance vis à vis de la situation.

C’est peut être la plus difficile a appréhender. Si le médiateur a un avis sur la situation, et qu’il veille a faire le bien, il utilise un référentiel auto-centré pour déterminer ce qu’est le bien dans cette situation. Par exemple, intervenir entre les arracheurs de chemise et les syndicalistes a Air France, en considérant que déchirer une chemise c’est mal, que ça ne se fait pas ou au contraire, en considérant que les comportements de la direction sont immoraux, quasi inhumains. Il faudra donc trouver un médiateur qui ait la même vision que vous pour que les choses tournent bien, c’est à dire à votre avantage.

Il est ici question d’indépendance, un système de valeur jugeant est au commande du médiateur, il peut être amené à faire des rappels de ce qui est bien et mal, à la fois avocat d’une cause et juge, le médiateur a perdu sa posture de médiateur.

La bienveillance en action

La bienveillance vis a vis des personnes.

Veiller à ce que ça se passe bien pour les personnes. Il peut paraitre difficile de dire que l’on ne se soucie pas de comment les personnes vivent la médiation, mais la médiation n’est pas une profession liée au bien être, elle entreprend de permettre à des personnes qui ne se parlent plus de pouvoir élaborer ensemble un projet, il est parfois nécessaire de confronter les personnes à leurs propres contradictions. Le miroir qu’est le médiateur ne doit pas déformer, sous prétexte que l’on voudrait que ça se passe bien. La bienveillance vis à vis d’une personne ou des personnes accompagnées en médiation amène à rompre l’impartialité du médiateur. Si je vois les choses selon le référentiel de la personne ou des personnes, je me mets à leur place et mes attitudes deviennent bienveillantes, par mimétisme. Le médiateur perd son impartialité, il devient l’avocat d’une personne ou de chacune d’elles, dans un jeu de réciprocité où il se perdra.

 

La bienveillance vis à vis de la solution.

Considérant ce qu’il est bon de faire pour amener la situation à une issue raisonnable, le médiateur émet un jugement de ce qui est le mieux pour tous. Ce jugement de ce qu’il est bon de faire est un jugement, un rappel à l’ordre, à la Loi, terrestre ou divine. Une solution privilégiée par un médiateur, c’est la remise en cause de la neutralité qui s’impose à tout professionnel. Un médiateur qui impose sa solution pour le bien de tous ne fait que reproduire le comportement de toute personne en conflit, qui est persuadée d’avoir la solution idéale et va défendre sa position pour le bien de tous, et avant tout le sien.

Un médiateur qui prend soin de veiller au bien, à ce qui est bien, juge. S’il juge, il n’est plus médiateur.

 

Nous venons de voir que la bienveillance est un piège dans lequel les médiateurs peuvent tomber de bonne foi, ou en tout cas animés de bonnes intentions. Cette bienveillance brise la posture du médiateur et le transforme en une autre profession, juge, conciliateur, arbitre, avocat. Une posture professionnelle du médiateur est primordiale pour ne pas participer à la confusion en matière de médiation.

Alors quelle posture adopter pour un médiateur qui se veut un professionnel, un dossier entier a été réalisé sur les éléments de posture du médiateur que sont l’indépendance (vis à vis de toute autorité), la neutralité quand à la solution choisie, l’impartialité… vis à vis des parties elles mêmes.

L’altérité en acte

On pourrait synthétiser par

–          Un médiateur ne juge pas la situation

–          Un médiateur ne pèse pas la valeur des personnes

–          Un médiateur ne dit pas ce qui est le mieux pour résoudre la situation

 

Le médiateur professionnel n’a qu’un parti pris : la qualité relationnelle. Et pour y parvenir en gardant sa posture, il peut s’appuyer sur le CODEOME et sur les acquis de formation CAP’M.

 

La bienveillance doit laisser la place à l’altérité, car elle seule permet au médiateur d’agir en professionnel : un médiateur – une mission – un résultat.

La pratique du médiateur professionnel c’est l’ingénierie relationnelle*, et il en sera question dans un prochain article.

 

*Contre la bienveillance (Essais – Documents) par Yves Michaud

*Pratique de l’ingénierie relationnelle, Fabien Eon, Jean-Louis Lascoux, Henri Sendros-mila