Lettre aux candidats à la présidentielle

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Lettre des Médiateurs Professionnels, initiateurs du droit à la médiation et de « la décennie de la médiation 2015-2025 », aux candidats à l’élection présidentielle 2017

Depuis un peu plus d’une décennie, la médiation est partout dans la société, et, pour le moment, elle n’est nulle part dans les programmes des candidats à l’élection présidentielle. Cette absence dans les discours politiques est un signe fort d’un décalage des prétendants à la représentation du peuple avec l’évolution de la société civile. Pourtant, les acteurs traditionnels de la vie sociale sont des plus nombreux à recourir à la médiation, parce qu’elle constitue un nouveau pilier de l’organisation sociale.

Un manque dans la campagne présidentielle

Alors que la médiation est partout et que son développement se poursuivra, elle n’est pas plus abordée sous ses aspects communs que sous ses multiples intérêts pour la vie en société. Elle n’est malheureusement pas traitée par les candidats à la présidentielle.

Pourtant, ne pas parler de médiation, c’est comme rester silencieux sur l’éducation, la sécurité publique ou les conditions de travail. Ne pas parler de médiation, c’est rester silencieux sur ce qui anime l’idéal social. Ne pas parler de médiation, c’est rester muet sur le rôle même des élus et représentants des citoyens.

L’exercice du « droit à la médiation » est une mesure protectrice de la liberté de décision. Rendre la médiation obligatoire consiste à étendre l’exercice de la liberté. Il s’agit de faire reconnaître un nouveau droit, un droit inaliénable. Il s’agit de mettre un terme à l’héritage de la féodalité inducteur d’une « servitude volontaire », et de poursuivre l’œuvre révolutionnaire des Lumières en donnant à la Société le devoir d’apporter à chacun les moyens de toujours mieux vivre sa propre liberté.

Une instrumentation avec des perspectives dans l’ensemble de la société

La qualité de vie en société réside dans la manière de promouvoir le « bien vivre ensemble ». La médiation permet d’intervenir d’une nouvelle manière sur les relations, comme instrumentation d’accompagnement des projets et de régulation des heurts. Cet aspect est fondateur de la vie sociale, c’est l’essence même de la politique, c’est pourquoi la médiation professionnelle est indissociable d’une politique de progrès. Elle s’inscrit dans une perspective de la promotion de l’aide à la décision personnelle. Elle s’inscrit dans la transformation des rapports d’autorité et contribue à l’évolution des modes de management. Elle participe du développement de la qualité relationnelle et des engagements dans la responsabilité sociétale des organisations. Elle est un moyen pour contenir les dérives technocratiques et politiques qui ne parviennent pas à se discipliner.

Depuis le début du XXIème siècle, plusieurs conceptions de la médiation ont été développées. Dans tous les cas, il s’agit de créer des moyens facilitateurs d’apprentissage, de communication et de décision. La médiation se retrouve ainsi à l’école, dans la vie sociale, au sein des municipalités, dans les administrations, les banques, les assurances, la vie d’entreprise, les situations consuméristes, comme dispositifs privés ou alternative à des systèmes institutionnels, et de plus en plus souvent obligatoires. Le système judiciaire s’en est emparé en vue de mettre un terme à la longueur des procédures et faciliter la résolution des différends.

Les applications, comme les intérêts, sont multiples. Mais partout, les rapports d’autorité s’en trouvent interpelés et la réponse, à la fois économique, structurelle et politique, consiste à renvoyer aux citoyens la possibilité de régler les choses par eux-mêmes. Le succès est indéniable. Dans sa représentation la plus affirmée, la médiation est professionnelle. Elle consiste à reconnaître le pouvoir décisionnaire aux personnes concernées, et à le leur restituer. Elle est propulsée par une profession originale, la profession du 21ème siècle : les médiateurs professionnels.

Le système judiciaire, une alternative à la médiation

Version américaine – La version américaine de la médiation est une alternative à la justice institutionnelle. Elle repose sur des principes d’une justice privée. Ses intérêts sont de faire des économies structurelles, de gestion et de temps de procédures. Dans cette pratique, cette forme de médiation, qui s’appuie sur la morale, le droit et la négociation, similaires à ce que l’on connaît de la conciliation, n’apporte rien de nouveau au sein de la société. La prétendue modernisation ne consiste que dans la privatisation d’un système judiciaire dont les coûts, portés par la fiscalité, ont été décrétés trop élevés par les gestionnaires des budgets publics.

Encore émergente, la médiation a été proclamée, instituée et légiférée. Balbutiante, elle est placée pour tendre à compenser les lourdeurs et déficiences déclarées du système judiciaire et des pratiques arbitraires dans les administrations. Mais elle en est devenue captive et, dans ce contexte, se trouve dépossédée de ce qui peut en faire son originalité et sa puissance pour la vie en société.
Version française – Ainsi, une conception spécifique de la médiation a été parallèlement élaborée. Cette innovation a été créée sur le modèle rationnel. Depuis 1999, elle s’est développée en Europe et en Afrique, dans les pays francophones : la médiation professionnelle. Elle est une émergence culturelle, une technologie relationnelle.

Développée dans le pays de la déclaration universelle des Droits de l’Homme, cette médiation est une discipline qui dépasse le point de vue « gestionnaire des conflits ». Elle consiste dans une approche scientifique de la conduite des projets relationnels. Elle répond à la proclamation du droit de tous à la liberté, puisqu’elle en étend l’exercice par-delà les limites habituellement édictées par les professionnels de la « gestion des conflits ». En cela, elle est en rupture avec l’entretien du modèle de mise sous tutelle des libertés, dans lequel le juridisme cantonne le pacte social. Elle rompt avec le fatalisme de l’adversité pour promouvoir le sens commun de l’altérité. Elle satisfait le besoin de la société civile pour ce qui est de s’élever aux niveaux des exigences de progrès. Elle promeut l’adhésion par l’implication, la contribution, l’instruction et l’éducation, au projet de la vie en société.

La médiation n’est donc pas à placer sous une autorité, car ça serait placer la liberté de décision dans un environnement d’allégeance. Les diplômes d’Etat constituent dans ce domaine des illogismes politiques nuisibles à l’intérêt de ce nouveau dispositif dans l’ensemble de la société. La suppression du diplôme d’Etat de médiation familiale, qui au passage ne saurait être lié à une exclusivité d’intervention, s’impose comme mesure indispensable.

Même si la médiation professionnelle est récente, il convient de la positionner dans l’organisation sociale à la place qui lui revient comme discipline garante de la liberté fondamentale. Elle offre la voie du « droit à la médiation », lequel consiste notamment à garantir l’exercice de la liberté de conscience, de la liberté d’expression, de l’égalité des droits et du libre arbitre(1). Elle conduit à une exigence de déjudiciarisation de la médiation.

C’est donc moins la « médiation professionnelle » qui doit être considérée comme une alternative au judiciaire, que le judiciaire qui doit être vu comme moyen extrême auquel on a regrettablement recours, dans le cas où la liberté de décision a épuisé tous ses moyens.

La médiation : une discipline à part entière

La médiation doit autant à l’empirisme qu’au rationalisme. C’est dans ce creuset d’observations et de raisonnements qu’il a été possible d’élaborer cette instrumentation.

Désormais, la médiation est une discipline, dont le champ d’étude et d’application est celui de la conduite de projets relationnels, dans les contextes favorables, difficiles et les conflits. Son instrumentation est l’ingénierie relationnelle pour la conduite d’entretien individuel d’aide à définir des positions rationnelles et à l’animation de groupe pour des décisions libres et fondées sur l’altérité.

Débarrassée des postulats liés à l’influence confessionnelle, avec la morale, des injonctions juridiques ou conciliatrices, de la proximité avec la conception pathologique des relations humaines, la médiation est devenue professionnelle. Ainsi, elle peut offrir ses performances à tous les intervenants exerçant traditionnellement une autorité au sein de la société : police, gendarmerie, justice, enseignants, fonctionnaires.

La formation intéresse l’ensemble des intervenants de la vie publique. Elle doit aussi être inscrite dans le parcours de perfectionnement pédagogique de l’ensemble des intervenants de l’enseignement.

Les médiateurs professionnels, nouvelle profession du 21ème siècle

Cette nouvelle profession se distingue de toutes les autres, parce que son cœur de métier porte sur ce qui fait le ciment du pacte social composé d’une éducation fondée sur l’adhésion et l’altérité. Elle propose cette conception relationnelle, plutôt que l’entretien d’un état d’esprit de division au sein de la population en justifiant les moyens autoritaires. Elle renverse le fatalisme naturel et culturel qui justifie la méthode de « gestion de l’adversité » en usage actuellement. Elle participe d’un nouveau paradigme social qui se développe dans l’ensemble de notre organisation sociale.

Alors, quel candidat saura s’affirmer non comme une autorité suprême, ou l’exécutant d’une politique d’intérêts communautaires, mais plutôt comme un médiateur des aspirations de tous ? C’est le sens de l’évolution de notre société, c’est celui d’une transmission et d’un héritage possible.

(1) Manifeste pour le droit à la médiation www.mediateurs.pro

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