Quand on joue à être médiateur…

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20120407-112243.jpgAu collège Henri Baumont de Beauvais, des élèves bénévoles sont proclamés médiateurs après une courte formation.

Des enfants de 13 ans proposent à leurs camarades de classe de venir en médiation pour parler des conflits scolaires dont ils sont victimes. La médiation sert finalement les petits médiateurs eux-mêmes, qui se rendent compte et identifient les comportements à dynamiques conflictuelles qu’ils adoptaient avant de prendre leurs fonctions. Pour la CPE qui forme ces jeunes médiateurs, c’est simple : « tout le monde peut devenir médiateur, il suffit d’être élève du collège, volontaire, d’avoir des qualités d’écoute, et une volonté de ne pas juger mais de chercher à comprendre l’autre.”

La formation est donnée en dehors des cours, dans le cadre de l’accompagnement éducatif. Une douzaine de médiations ont lieu chaque année et le collège Henri Baumont ne recense pas d’actes de violence grave depuis la mise en place de ce système de médiation par les élèves pour les élèves. Cette initiative de service interne de médiation permettrait à tout les élèves de savoir qu’ils peuvent être écoutés à tout moment, et, de ce fait, provoquerait un apaisement des relations interpersonnelles… Force est de constater qu’une fois de plus, les mots « médiation », ou « médiateur », sont des concepts à la mode, véhiculant leurs lots d’interprétations, et d’ajustements personnels aux différents contextes dans lesquels ils sont utilisés, avec pour premier objectif d’apaiser, de mettre de l’eau sur le feu, à la manière d’un pompier du conflit qu’on appellerait pour l’éteindre.

Que cette pratique d’écoute des élèves sur les querelles de leurs camarades soit bénéfique, je n’en doute pas, et qu’elle soit étendue à l’ensemble des établissements scolaires de France et de Navarre me paraît être une bonne idée. Mais de grâce, ne confondons pas : la médiation professionnelle requiert un savoir faire apparentée à une discipline de haut niveau, de maîtrise de la rhétorique, de l’art du raisonnement aporétique, de la gestion des émotions, en bref, d’un processus spécifique de résolution de conflit pour lequel la bonne volonté ne suffit pas !

L’EPMN forme des médiateurs professionnels à la résolution des différends et non à leur gestion depuis 2001, que ceux-ci soient du domaine de l’entreprise, patrimoniale, familiale, ou du voisinage. L’amalgame de la gratuitée associée à la médiation, a engendré une confusion des genres sur fond d’amateurisme en matière de résolution de conflits et par conséquent, l’absence de résultats probants du moins pour ce qui concerne le DEMF(diplôme d’état de médiation familiale). Un médiateur se doit de connaître l’humain « de la cave au grenier » ; non sur un plan psycho-psychanalytique, mais bien au niveau philosophique du terme.

C’est dans ce courant rationnel, scientifique, et philosophique que se situent les médiateurs professionnels, experts en restauration ou en prévention de la qualité relationnelle interpersonnelle.

joelle
Invité
joelle

Un médiateur se doit de connaître l’humain « de la cave au grenier » .Je me demande si il ne s’agirait pas plutôt d’un “travers” de tous les professionnels de l’humain que de prétendre à ce point le connaître (-; 

Payen
Invité
Payen

En même temps,  en jouant sur les mots, ils ne font pas de la “médiation professionnelle” mais ils font de la “médiation” en milieu scolaire

Chantraine
Invité
Chantraine

Bonjour,
il est effectivement parfois difficile de constater des différences fondamentales d’applications lorsque celles-ci se réclament d’un même terme, sans avoir l’air de jouer sur les mots. L’objectif de cet article reste de mettre l’accent sur la spécificité du processus de résolution des conflits de la médiation professionnelle enseigné par l’EPMN, au regard d’autres types de médiation, scolaire, sociale, pénale, ou encore familiale…