Ramadan et capacités professionnelles, en opposition…

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4 animateurs de colonies de vacances ont été suspendus en vertu de l’article 6 de leur contrat de travail stipulant la nécessité de surveiller qu’enfants et accompagnateurs se nourrissaient et s’hydrataient suffisamment, notamment lors des repas. Ces 4 animateurs contrevenaient à cet article en pratiquant le jeûne du ramadan.

Contexte historique :

 La directrice du cabinet du maire Nicole Varet rappelle que la mairie de Gennevilliers a déjà connu par le passé un problème lié au ramadan :« Il y a trois ans, on a eu un cas de figure très douloureux, une jeune animatrice qui avait refusé de s’alimenter et avait fait un malaise. Le problème c’est qu’elle conduisait un véhicule avec des enfants, et qu’elle a eu un accident avec des blessés graves, notamment un enfant »

Les points de vue :

Pour l’avocat des quatre moniteurs, « on a déguisé les choses. Ce n’est pas l’état de santé qui dérange mais le fait de pratiquer le ramadan ».

Leur employeur invoque pour se justifier un danger potentiel pour la sécurité des enfants.

Il y a un biais évident, nulle part il n’est fait mention des points de vue des 4 animateurs, même si l’on peut considérer que leurs avocats portent leur parole il parait nécessaire de rappeler qu’un avocat est là pour défendre sa partie quelle que soit la situation.

Un cas d’école pour les médiateurs professionnels

Nous nous retrouvons dans une situation d’école pour les médiateurs professionnels. Deux “parties” défendant chacune son point de vue, persuadées qu’elles sont d’avoir la solution au problème posé et donc légitimes  dans leur volonté de la faire entendre. D’incompréhensions en volonté malveillante imaginée, le conflit risque de se porter maintenant en justice comme l’indique l’avocat des animateurs.

Récapitulatif : jusqu’à présent une décision a été prise en vertu d’un article par peur qu’un évènement malheureux survenu dans des conditions similaires se renouvèle de mettre un terme à la relation contractuelle qui liait la mairie aux animateurs.

Un ensemble de non-dits réels ou imaginés, vient polluer la situations.

Par réaction à une action vécue comme une agression les animateurs réagissent en protégeant ce qu’ils considèrent être en danger : leur liberté.

Les procédures sont lancées, dans un premier temps la municipalité a refusé de fournir officiellement le motif de licenciement qui s’est transformé en suspension (ce qui apporte son flot de prêts d’intention), le résultat est là, les animateurs souhaitent porter l’affaire en justice.

  • impossible apparemment que les uns ou les autres puissent reprendre leur relation de travail, par peur pour la mairie de voir se reproduire un drame.
  • impossible apparemment d’imaginer un moyen de concilier le ramadam et l’article 6 de leur contrat de travail
  • impossible enfin d’imaginer une fin de contrat qui ne soit pas vécue comme une injustice.

Pourtant c’est ce que la médiation professionnelle peur apporter dans cette situation conflictuelle. Au plus diligent des 2 de rencontrer un médiateur professionnel afin de s’informer et, le cas échéant, de mettre en place la médiation professionnelle ad  hoc.

Les possibilités

Désormais, les protagonistes peuvent aller soumettre leur différend au système judiciaire. Toutefois, rien ne les empêche de dialoguer ensemble, si elles en trouvent les possibilités. Elles peuvent, l’une ou l’autre, faire des propositions témoignant d’ouverture.

Arrivée à un certain stade de l’évolution du différend, lorsque l’état émotionnel fait obstacle à l’idée de la résolution amiable possible, le temps de l’intervention de tiers est arrivé. Deux voies s’offrent alors : celle de l’adversité ou celle de l’altérité.

On sait que la plus pratiquée est la première. L’entraînement individuel est très important en matière d’affrontement. Si alors l’une des parties entraîne l’autre dans le système judiciaire, c’est l’adversité. Sur un sujet pareil, les influences extérieures peuvent d’autant plus exercer un rôle, voire une pression. De procédure en report d’audience, d’effet du contradictoire en enquête complémentaire, de requête en mémoire et d’appel en cassation, l’affaire sortira des parties revanchardes, un employeur encore plus méfiant et des salariés renforcés dans leur sentiment d’exclusion. Les uns et les autres seront estampillés d’adversité. Elles auront été plus objets que sujets.

Il reste qu’en cours de procédure, à tout moment, les parties peuvent avoir un sursaut et demander l’intervention d’un médiateur professionnel. Il reste aussi que le juge, par l’autorité que lui confère sa position, peut fortement suggérer aux parties de rencontrer un médiateur… Dans ce cas, ce sera au médiateur, s’il est professionnel, de savoir faire surgir la qualité d’implication des parties dans ce processus.

Cependant, par une formation cette situation aurait pu être prévenue ; encore maintenant, par la médiation professionnelle cette situation peut trouver une issue librement consentie.

Avec une convention de médiation ViaMédiation, une prise en compte globale de la qualité relationnelle aurait pu prévenir la situation ou la résoudre avant que l’action en justice soit évoquée.

Il n’est pas trop tard pour la médiation professionnelle. Il n’est pas trop tard pour que les véritables protagonistes restent ou redeviennent sujets de leur différend. Il est encore temps pour qu’elles en reviennent à l’essentiel de leur existence qui n’est certainement pas de persister dans un différend qui les détourne de ce qui les motive fondamentalement. Parce que la motivation de chacun n’est d’évidence pas de faire une procédure judiciaire dans sa vie.

Et il n’est pas trop tard non plus pour envisager de mettre en place une convention ViaMediation avec la municipalité.

Sources : La DépêcheNouvel Observateur

 

chantraine
Invité
chantraine

Je dis bravo! Cet article clair et précis permettra je l’espère aux lecteurs de comprendre que la manière de résoudre un conflit nous appartient, et que l’affrontement n’est jamais une fatalité.

Jérôme Messinguiral
Invité
Jérôme Messinguiral

Rebondissement mercredi 1er août. Le maire annonce que les animateurs sont réintégrés, l’article 6 ne sera pas imposé en août, une procédure pour augmenter la sécurité des enfants. Rien pour l’instant sur les réactions des animateurs ni si cet aménagement de la relation s’est fait dans l’altérité ou sous la contrainte, ou abandon et résignation. Autant de conditions qui peuvent être le terreau de nouveaux conflits, un temps tus mais têtus. Affaire, à suivre. Voir source Le Monde.

Jean-Louis Lascoux
Admin

Le chemin le plus difficile dans les relations humaines fournit souvent l’expérience la plus intéressante…