Médiation professionnelle et les “médiations associatives”

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Jean-Louis LASCOUX - 10-03-2008 - MANAGEMENT N°153Le paysage de la médiation apparaît toujours très encombré pour ceux qui commencent à s’y intéresser. En réalité, il existe des conceptions différentes de la médiation. Une fois les choses repérées, on y voit plus claires.

Par exemple, avec la démarche de découverte des savoirs réalisée par les “médiateurs scientifiques” et plus généralement les “médiateurs culturels”, la médiation est pédagogique. Avec des agents de proximités qui assurent une présence rassurante auprès de la population, la médiation est préventive d’incivilités, voire de comportements délinquants. Quand il s’agit en fait de faire un arbitrage, elle est considérée comme conciliatrice…

C’est ainsi qu’il faut aborder la médiation. Il ne s’agit pas de venir à la médiation en se disant qu’on va y trouver un discours et une pratique unique. Il s’agit de comprendre que la médiation est pour les uns une idée ancienne qui va puiser son invention dans la position de tout tiers intervenant dans une situation plus ou moins problématique impliquant au moins deux personnes. Tandis que pour les autres, en l’occurrence les médiateurs professionnels, la médiation professionnelle est une invention de la fin du 20° siècle.

Pour les centres de formation autres que l’école professionnelles de la médiation et de la négociation – EPMN, le rôle de médiateur est souvent associé, voire confondu, avec celui de tiers, tout simplement. Tout tiers peut avoir le sentiment d’être un médiateur. Le sentiment ne fait cependant pas la fonction. Quant à la compétence, c’est encore autre chose. C’est sur ce point que l’EPMN a bousculé les représentations de la médiation dans le domaine du règlement des conflits en imposant une recherche de professionnalisme. J’ai ainsi impulsé l’idée que la médiation, pour vraiment aider des personnes à se sortir d’une ornière conflictuelle, ne se pratique pas pendant son temps libre, comme certains vont jouer à la pétanque, même si l’idée peut être séduisante.

Dans la perspective de clarifier les choses, oeuvrant dans le champ des relations humaines, j’ai impulsé la “médiation professionnelle“, laquelle est devenue une discipline. Une discipline à part. Une discipline à part entière.

Initialement, en 1999-2000, la distinction était faite par rapport à la médiation familiale, puis des écarts se sont révélés de plus en plus majeurs, créant finalement un fossé entre une pratique de la médiation associative marquée par une foi dans l’intuition, le feeling et le sens commun et une autre forme de médiation, la médiation professionnelle, caractérisée par une recherche constante sur la relation qualité relationnelle/ dégradation / recherche de rétablissement de la confiance. Avec cette nouvelle approche, la médiation est sortie de la bienveillance pour entrer sur le terrain de la compétence. Les nouvelles exigences que j’ai impulsées ont entraîné tout le secteur de la médiation dans une quête de performance. La démarche a fait des récalcitrants et les critiques n’ont pas manquées. Il faut faire sauter l’idée que la sagesse s’acquiert avec l’âge, et qu’en conséquence la médiation est une affaire de retraités des professions juridiques par exemple. Savoir accompagner la résolution d’un différend n’a rien à voir avec un don en provenance des meilleures caves. Pour être médiateur, le tourisme en médiation ne suffit donc pas.

De plus, en dix ans, les choses se sont affirmées. Les écoles ont tissé leurs spécificités : ici la quête du pardon, là celle du démontage rationnel des différends. Ici, les associations ont cherché la reconnaissance et la tutelle des dirigeants politiques et des instances étatiques, et là, la CPMN a développé une médiation de plus en plus professionnelle, affirmée dans des postures clarifiées notamment dans l’exercice indépendant.

Les écarts se sont ainsi creusés :

  • La notion de médiation s’est enfermée pour les associations sur le rapport quasi exclusif médiation-justice ; tandis que les organisations de la médiation professionnelle – EPMN – CPMN et VIAMEDIATION – ont ouvert le champ d’investigation sur le lien entre capacité à résoudre les différends et capacité à travailler sur la qualité relationnelle, avec des perspectives sur l’éthique et le développement durable
  • Un Code d’éthique et de déontologie des médiateurs a été élaboré par les professionnels, mettant en évidence le caractére professionnel de cette nouvelle discipline, ouverte à la transculturalité ; tandis que les associations ont mis en place un code restreignant la médiation à une activité secondaire et marqué par une référence culturelle nationale
  • De nombreuses différences se sont faites jour, notamment :
    • les professionnels promeuvent la médiation préalable obligatoire en matière de justice civile, au même titre que l’école obligatoire sert à lutter contre l’ignorance ; la médiation préalable devra servir à lutter contre le manque de savoir faire pour la résolution des différends civils ; les autres écoles sont contre ;
    • pour les professionnels de la médiation, seules les protagonistes peuvent mettre un terme à la médiation ; le médiateur n’a pas à faire valoir des valeurs morales ou des conditions juridiques ; pour les autres écoles, le médiateur peut arrêter une médiation quand il est heurté moralement ;
    • la notion d’ordre public et de bonnes mœurs est un repère pour les autres écoles et pas pour les professionnels qui laissent ces repères aux gens de justice ;
    • l’absence de clarté des associations sur les trois éléments de postures : indépendance, neutralité et impartialité qui ont été énoncés et clarifiés par les médiateurs professionnels ;
    • le manque de garantie de ces associations en matière de confidentialité ;
    • la définition équivoque de l’équité véhiculée par les animateurs de ces organisations, selon lesquels l’équité serait ce qui est juste pour chacune des parties ;
    • la présence de la notion de contradictoire dans la médiation vue par ces associations ;
    • le manque d’identification quant à la profession de médiateur, que la CPMN est la seule organisation à représenter – puisque pour les associations c’est une activité – devenue professionnelle sous notre influence ;
  • l’absence de position concernant les moyens mis en œuvre pour bloquer le développement de la médiation, telle que la loi Béteille
  • la recherche d’un diplôme d’Etat est un écart très important, puisque la CPMN s’est historiquement opposé au diplôme français de médiation familiale, induisant une absence d’indépendance culturelle et une sectorisation es différends ;
  • l’imagination ordinale envisagée tandis que nous proposons une organisation de même type que la profession de journaliste
  • et la liste n’est pas exhaustive….

L’erreur du milieu associatif avec la médiation des différends, est de limiter le champ à une approche où la gentillesse est confondue avec la pertinence. Elle consiste aussi à situer la médiation dans le seul secteur du service à la personne, tandis qu’il s’agit avec la médiation professionnelle d’un ensemble de moyens également au service de la vie dans les organisations.

En quelques années, le paysage de la médiation a gagné en clarté. La médiation associative a bien évidemment toute sa place, dans le voisinage de la médiation professionnelle. Désormais, les prestataires y sont nombreux et l’exigence de qualité ne peut que rendre la concurrence très active, voire parfois un peu féroce.

En tout cas, la médiation professionnelle, une exclusivité de l’EPMN, de la CPMN et de ViaMediation, est désormais une instrumentation incontournable pour ceux qui souhaitent intervenir efficacement dans la perspective de la qualité relationnelle et du règlement des différends.

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[…] le peut pas. C’est bien de cela dont il s’agit. Clairement. D’une autre manière, j’ai déjà écrit sur le sujet. Je reprends ci-dessous un article publié sur […]