Ethique et déontologie en médiation, pour les nuls

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L’indépendance des médiateurs (professionnels) démystifiée

Casse tête et médiationCe n’est pas simple pour tous les acteurs de la médiation de se retrouver dans des nuances parfois perçues comme subtiles. Mais le principe du vocabulaire c’est que chaque mot a sa propre définition. Pourtant, les uns et les autres mélanges impartialité, indépendance et neutralité, au point de considérer qu’il y aurait redite à utiliser ces trois termes pour identifier la posture du médiateur. Ils confondent tout aussi bien confidence, confession et confidentialité. Ils pratiquent la médiation à la manière de consultants bons-enfants, ou de justiciers ou d’arbitres prometteurs d’équité plus que promoteur d’altérité. Ils mêlent sympathie et empathie. Ils ignorent les intérêts d’une distanciation altérocentrée. Autrement dit, ils pratiquent la médiation en amateurs et se hissent en s’attribuant un professionnalisme qu’ils ont bien du mal à assumer dans les missions qui leurs sont aveuglément confiées. Et comme ils réussissent malgré leur incompétence à 75%, ils parviennent à détourner l’attention des clients en dénonçant les personnes impliquées dans le conflit. Alors, à défaut de pouvoir intervenir sur leurs pratiques, voici de quoi les inviter à améliorer leur discours. En tout cas, les clients de la médiation, qui souhaitent exercer leur libre arbitre, doivent savoir se tourner vers les seuls professionnels : les membres de la CPMN.

Introduction pour un débat sur la médiation comparée

C’est là que commence un travail de « médiation comparée et clarification sémantique ». Le mot médiation est utilisé dans tous les environnements. A toutes les sauces se plaignent certains. C’est vrai et c’est logique. La médiation est associée à la circulation d’information. Elle est liée à la communication. Elle définie une posture « entre », mais pas nécessairement au milieu. Le médiateur intervient, selon sa spécialité, entre les choses, les idées et les personnes. C’est un créateur de liens. Son rôle est de faciliter les mises en relations. De ce fait, les types de médiation sont nombreux. Les novices s’y perdent et certains spécialistes ont des difficultés à s’y retrouver, souvent parce qu’ils revendiquent la fonction sans en avoir les compétences. Dans le domaine des relations humaines, on peut identifier plusieurs courants d’influence qui se concurrencent sur le marché très caché de la gestion et de la résolution des conflits.

Déjà, rien que là, il apparaît une formule distinctive : « gérer un conflit » ou « résoudre un conflit ». Dans un langage générique, on pourra dire « régler des différend ». Mais entre « gérer » et « résoudre », on comprend qu’il existe deux conceptions de la relation aux conflits. Ces situations relationnelles peuvent, pour les uns, faire les objets d’une (certaine) spéculation, et, pour les autres, être conduites à un terme et éventuellement orientées « projet relationnel ».

La médiation professionnelle est une nouvelle discipline que j’ai initiée et qui est dispensée exclusivement depuis 1999 par l’EPMN. Certes, quelques imitateurs cherchent à s’en inspirer, mais ils confondent tout, mettant de la PNL, de l’AT et même des délires comportementaux du style de la série américaine Le mentalisme. C’est du n’importe quoi, parce que forts de leur ignorance chargée de l’ambition de faire quelque chose de leur existence, ils optent pour la facilité.

Pour structurer la médiation professionnelle, j’ai puisé dans la logique géométrique et les discours de Descartes. Je me suis inscrit parmi les rationalistes, ceux qui ont pensé tel Diderot, que dans la vie nous sommes en formation continue. Et j’ai embarqué la quête irrépressible de liberté de La Boétie et de bien d’autres philosophes, empreints de laïcité, qui ont participé, par leurs réflexions sur la citoyenneté et leurs contributions sur les droits, à l’évolution de la vie en société.

Pour moi, ce qui a été monté peut être démonté, il faut trouver le bon cheminement, comme avec un casse tête, pas forcément le chemin inverse. Le savoir subtil et intuitif ne vaut en responsabilité que quand les mots l’ont formalisé et qu’il est devenu un savoir utilisé en conscience. Ce que je sais, je peux le dire, le reproduire et le transmettre, sinon c’est un savoir hypothétique. Le champ d’application de cette discipline va de la qualité des relations à leur détérioration, pour dépasser la recherche d’accord et s’étendre jusqu’à la conduite de projet. Elle permet de travailler sur les processus d’aide à la décision. Elle inclut l’accompagnement au changement, parce que résoudre un conflit implique un changement. Ce professionnalisme nécessite des compétences en pédagogie, parce qu’il s’agit d’amener à intégrer. Parfois, c’est rude, parfois c’est accueillant. Les chemins de l’acquisition et de l’assimilation ne sont pas sans heurts. Les représentations sont faites de certitudes, convictions et croyances inévitablement bousculées. Et ce n’est pas avec des fantaisies mal adaptées de la rhétorique que l’on peut faire de la rigueur. L’incompétence se nourrit de tout cela, mais c’est de la transmission d’un savoir faire dont il s’agit ici. Alors, il convient d’examiner les piliers de cette discipline, ces trois piliers que j’ai identifiés et ordonnés autour des trois axes de la modélisation des Stratégies et Interactions en Communication.

Dans la série d’articles que je propose ici, nous allons examiner des concepts essentiels tels que la distanciation. Nous cheminerons, plus que je l’ai déjà fait antérieurement, sur l’indépendance au travers de l’idée de la loi, puis ce sera au tour de l’indépendance au travers de l’idée des valeurs, et enfin l’indépendance au travers des choix et des décisions.

Je répète mon but : que les acteurs en médiation des conflits conduisent une réflexion qui fasse cesser ces erreurs grossières sur la posture des médiateurs. A défaut de quoi, force sera d’identifier deux types d’écoles en médiation, les écoles d’amateurs et l’école professionnelle : l’EPMN.

Prochain article le 24 décembre. Un cadeau de plus 😉

Dossier sur l’éthique et la déontologie en médiation, pour les nuls

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4 Commentaires sur "Ethique et déontologie en médiation, pour les nuls"

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Jésus Rubio
Invité

Pourquoi le cacher, je me retrouve souvent dans ces situations où, presque à mon insu et en tout cas sans l’avoir explicitement souhaité, je me surprends à confondre gestion et règlement du conflit, altérocentrage et écoute active, voire médiation et PNL. Il en va de même notamment pour l’indépendance : mon sentiment, ces temps-ci, est que plus on pratique et moins on se reconnaît indépendant, compte tenu des milliers d’habitudes mentales et d’enjeux concrets auxquels on est confronté dans chaque dossier, dans chaque affaire… Vous disiez “formation tout au long de la vie” ?

Jean-Louis Lascoux
Invité

Le fait de le constater constitue un avantage pédagogique pour permettre les révisions 😉 C’est avec les habitudes que le professionnalisme s’égare ; c’est dans ce creuset que certains vont puiser leurs justifications pour leur manque de rigueur. La médiation professionnelle est une discipline nouvelle, c’est donc autant d’exigences pour se l’approprier et la mettre en oeuvre. 

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[…] en toute neutralité. Mettre en place un réseau de médiateurs professionnels dont l’éthique et la déontologie assure l’indépendance, la neutralité et l’impartialité […]

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