Une nouvelle plateforme de la médiation d’obédience se réclame de la médiation professionnelle ?

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Une « plateforme de la médiation française »  déjà à la dérive ?

Tandis que les médiateurs professionnels ont annoncé la thématique de leur Symposium annuel, à Lille, les 19 et 20 octobre 2017, des organisations liées à la « médiation d’obédience » ont choisi de créer opportunément une « plateforme de la médiation française » en vue d’imposer des « normes ».

La médiation pour continuer à « gérer des conflits »

Une publication d’annonces légales liée au barreau de Paris, les Affiches Parisiennes, annonce la création d’une « plateforme de la médiation française ». On peut y lire une nouvelle appropriation de l’expression « médiation professionnelle ». C’est un détournement parce que rien, dans le texte, ne témoigne de la moindre compréhension de cette thématique que j’ai initiée en 2001 (cf. mon ouvrage “Pratique de la Médiation Professionnelle, un mode alternatif à la gestion des conflits”, Ed. ESF, et “Pratique de l’ingénierie relationnelle, la médiation professionnelle au service des entreprises”. Ed. ESF).

Ces mêmes organisations qui s’approprient aujourd’hui le concept, le décriaient violemment voici peu de temps. Cette fois, sans nous consulter, leurs porte-paroles déclarent vouloir « recenser les indicateurs de qualité qui aujourd’hui reflètent les bonnes pratiques d’une médiation professionnelle, qu’elle soit conventionnelle ou judiciaire : institutionnelle, familiale, sociale, administrative ou de consommation ».

En utilisant notre expression de « médiation professionnelle », l’effet est clair : jouer de la confusion des discours. Or, la « médiation professionnelle » n’est pas une affaire de système judiciaire ni de représentation conventionnelle, c’est une fausse piste due à l’habitude “gestionnaire des conflits”, mais de liberté de décision et de projet relationnelle.

Alors, je propose de clarifier. Mais qu’on leur dise, le travail méthodologique est déjà fait !

Intéressons-nous quand même à cette belle dynamique.

Qui sont les fondateurs de cette plateforme ?

Tout d’abord, on retrouve dans ces associations les fondateurs du fugitif Rassemblement des Organisations de la Médiation – il faut lire le sigle ROM, derrière lequel se trouvait (clin d’œil du sigle) l’institut catholique de Paris, avec l’organisme de formation IFOMENE, désormais allié avec un industriel de la formation. Le courant de pensée, plutôt religieux, qui sourd dans les organisations de la nouvelle plateforme expliquent probablement la surdité ambiante sur ce qu’est la discipline de la « médiation professionnelle ». On retrouve en première ligne : l’Association Nationale des Médiateurs, le Centre de Médiation et d’Arbitrage de Paris, le Club des Médiateurs de services au public, la Fédération Française des Centres de Médiation, la Fédération Nationale de la Médiation et des Espaces Familiaux… De ce point de vue, il n’est pas certain que les membres des associations sachent vraiment dans quelle direction les dirigeants les embarquent. Dans tous les cas, ce n’est pas parce qu’ils viennent prendre de l’eau à la source de la « médiation professionnelle » qu’ils sont légitimes, d’autant qu’ils en font plus un détournement qu’une promotion pertinente.

A propos de la « raison sociale » de la plateforme : parlons éthique

Sur le plan éthique, il est regrettable que des associations prétendant faire de la médiation, s’enferrent dans une représentation culturelle de l’intervention d’un tiers dont le rôle est de promouvoir un accord amiable. Serait-ce une affaire de culture, d’identité, de nationalité ? Il est clair qu’il y a une intention dans cette dénomination « médiation française » : c’est marquer le choix d’une intégration forcée, c’est marquer une conception du rôle du médiateur dans l’idée d’une intégration culturelle, c’est surfer aujourd’hui sur le courant nationaliste qui se développe regrettablement tandis que la mondialisation des cultures offre de nouvelles opportunités à l’humanité. C’est dit et répété : chez eux, on ne fait pas de la « médiation européenne », par exemple, encore moins de la « médiation interpersonnelle », mais de la « médiation française ». Le coup est marqué, la morale est implicite. La messe serait-elle dite ?

Quelle proposition concrète émane de cette nouvelle structure ?

Depuis qu’ils se réunissent, qu’ils mettent en place des organisations qui s’effondrent : UPIM, ROM et maintenant PMF, ils proposent toujours la même chose : faire des référentiels, homogénéiser : partir de la diversité pour aller vers l’uniformité. Tous comme eux. Ils ont élaboré un « référentiel » parce qu’ils ont découvert – après des années que nous avons déjà dépassé le chemin – qu’il faut professionnaliser leurs pratiques. Evidemment, sur le coup, ils prétendent intervenir sur celles des autres. C’est le principe de l’amateur qui à son éveil veut refaire le monde. Gentil, mais incompétent.

Depuis 2006, les organisations de la médiation professionnelle : EPMN, CPMN, ViaMédiation, ont adopté un code d’éthique et de déontologie le CODEOME très clair sur les points fondateurs de la profession. Lors du ROM, ces mêmes associations avaient produit un très mauvais ersatz de notre code, dénonçant toujours l’idée de la profession même, affirmant que la médiation n’était qu’une activité. Vont-elles s’en rapprocher encore, comme l’ont fait les animateurs de l’IMAQ (Québec), en limitant leur plagiat à ce qui ne dérangeait pas leur conception juridique de la médiation ?

Ils découvrent enfin que la médiation est une affaire de relation. Ils sont sur le chemin de la reconnaissance de la profession. Le pas est intéressant. Ont-ils cependant intégré la définition de la relation en médiation professionnelle ? L’énoncé présenté pourrait le faire croire, mais depuis longtemps ils veulent promouvoir des formations standardisées, en retenant une représentation caractérisée par les aspects techniques et les enjeux du litige et le contexte juridique. Cette approche relève d’une incompréhension totale de ce qu’est la « médiation professionnelle ».

Pour rappel : qu’est-ce que la médiation professionnelle ?

Ca fait des années que je le répète : la médiation professionnelle est une discipline à part … et à part entière. Elle est instrumentée par l’ingénierie relationnelle. Elle n’est pas un moyen d’intervention au service du droit, des magistrats, de la morale ou de la normalisation des comportements et des engagements. Elle n’est en aucune manière familiale, conventionnelle ou judiciaire. Il faut supprimer ce diplôme d’Etat de médiation familiale. C’est même un non sens que de dire que la médiation professionnelle est judiciaire. Elle est un moyen de promouvoir la libre décision et la qualité relationnelle. Ce n’est pas le conflit ou le litige qui fait le cœur de la médiation professionnelle, c’est la relation, le mieux vivre ensemble. C’est le maintien d’une posture de liberté proclamée dans la déclaration universelle des droits humains. On n’est pas obligé de s’entendre, pas obligé de se fréquenter, pas obligé de poursuivre une relation ; c’est un choix et c’est ce choix là que le médiateur professionnel aide les personnes à concevoir ou pas, dans la conduite de leur projet de vie en société. Et c’est cette posture et ce choix qui permet effectivement aux personnes de mettre un terme aux heurts qui peuvent se produire dans des relations.

La médiation professionnelle s’inscrit très clairement dans un projet de société, celui d’une ouverture aux autres, celui qui ne fait pas business de la « gestion des différends » mais qui s’engage culturellement dans la promotion de l’altérité.

Pour la Société de la Médiation Professionnelle

Président Jean-Louis Lascoux

Source : http://www.affiches-parisiennes.com/la-plateforme-de-la-mediation-francaise-s-engage-pour-la-qualite-de-la-mediation-6960.html