Le cas FR3 Alpes : la “médiation professionnelle” obligatoire ?

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La tentative de suicide d’une journaliste de France 3 Alpes, le 8 avril (voir sources), sur le parking de la station grenobloise est un drame de la dégradation relationnelle en entreprise. Le 17 septembre, le Syndicat national des journalistes (SNJ) a porté plainte contre X pour « manquement à l’obligation de sécurité d’un employeur vis-à-vis de ses salariés » et « mise en danger de la vie d’autrui ».

Employée depuis dix-sept ans, la journaliste dispose d’un mandat à la CSSCT (commission de santé, sécurité et conditions de travail). À ce titre et à plusieurs reprises, elle a relayé les plaintes de collègues contre un membre de la rédaction et avait enjoint la direction de « recadrer » ce journaliste.

La direction a indiqué avoir proposé une médiation, refusée par la personne mise en cause. Elle a mis en place un travail de réflexion avec les membres de la CSSCT. Cependant, l’Inspection du travail a jugé la proposition de médiation « non pertinente ».

En tant que médiateur professionnel, j’observe que la médiation pourrait être un processus obligatoire, prévu soit dans le règlement intérieur soit dans le contrat de travail, comme un droit opposable.

Contrairement à ce qui se dit dans le courant des « médiations traditionnelles », la médiation devrait être obligatoire.

En effet, il existe deux grandes voies dans la médiation et c’est de la médiation professionnelle (profession du XXIe siècle) que je parle. En l’occurrence, c’est une erreur de considérer que l’intervention d’un médiateur professionnel dans une relation dégradée ne serait pas opportune.

L’objectif d’une intervention d’un médiateur professionnel n’est pas une contrainte, ni de trouver un accord. Il est en premier lieu de travailler sur les positionnements. Il permet à quelqu’un de pouvoir (re-)trouver une posture d’affirmation de soi, de faire le tri dans les postures auxquelles elle est confrontée, de structurer la sienne et de se mettre en position de choisir et pas de subir. Ce qui peut être valable pour chaque partie.

Un dispositif de médiation professionnelle dans une organisation ouvre la perspective de l’exercice de la libre décision pour ses utilisateurs, au lieu d’être en position de se soumettre à un arbitrage. Il permet à toute personne de ne pas se retrouver dans un cercle infernal de psychologisation de son état. Dans ce cas, l’intéressé devient la proie de tout un environnement de confrontation sous tutelle et de victimisation juridicisée qui aggravent son état émotionnel. Ainsi, la médiation professionnelle doit pouvoir s’exercer comme un droit dont l’objectif est aussi de protéger la santé mentale du personnel et, partant, de promouvoir la qualité relationnelle dans les organisations.