L’illusion de la liberté conflictuelle

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Lorsque nous avons donné prise, le piège de la dynamique émotionnelle et conflictuelle se referme sur nous, nous empêchant d’avoir accès à une réflexion logique et rationnelle, heurtés sans cesse en nous-mêmes avec violence.

En colère, en larme ou mutique, nous sommes dans le rejet, le refus, la contestation. Nous élaborons des stratégies de revanche, nous nous imaginons en train de dire, de faire… Bref, nous fourbissons nos armes de guerre.

Nous l’avons déjà vu, le conflit est d’abord en soi avant de s’extérioriser et de s’exprimer à l’autre.

Nous nous disons que l’autre le fait exprès, qu’il sait parfaitement que ce qu’il dit ou fait ne nous convient pas, qu’il a de mauvaises intentions à notre égard. Ces pensées négatives que nous prêtons à l’autre vont alimenter le conflit en nous et rejaillir dans notre communication avec l’autre. « tu savais très bien… », « tu l’as fait exprès… ». Ces prêts d’intention négatifs sont un premier élément qui participe à dégrader notre relation à l’autre qui peut alors, se sentir culpabilisé, stigmatisé, condamné.

Ensuite, nous interprétons les événements, les situations, les propos selon notre vécu, notre histoire, nos valeurs qui sont autant de filtres qui voilent la réalité et font obstacle à une communication apaisée. Et, lorsque nous exprimons notre mécontentement, nous émettons des jugements négatifs. Ils qualifient l’autre, ce qu’il a fait ou pas fait, dit ou pas dit. « t’es vraiment un irresponsable » « je ne peux pas te faire confiance ». Nous avons là, un deuxième élément qui participe à la dégradation relationnelle.

Et enfin, lorsque la relation d’affrontement sera bien installée en nous, alimentée par nos pensées négatives, nos propos jugeants et notre interprétation faussée, nous allons contraindre l’autre, tenter de lui imposer nos solutions et notre point de vue. Cette contrainte est une conséquence logique de notre réflexion conflictuelle. Nous pourrons dire « je n’ai pas d’autre choix… » « je t’ordonne de… ». La contrainte est le dernier élément constitutif de la dynamique du conflit.

Ces 3 éléments – Prêt d’intention, interprétation/jugement, contrainte – sont les trois invariants du conflit. S’il en manque un, cela peut être une dispute, une polémique ou une mésentente.

En cette période de confinement obligatoire, un message fortement conflictuel pourrait être : « t’es encore sorti ce matin, tu le fais exprès pour m’énerver, t’es vraiment un irresponsable, maintenant tu vas me donner tes clés et tu ne sortiras plus ».

Nous ne gagnons rien à être en conflit, à rester dans l’adversité. Nous voyons bien à quel point c’est épuisant d’avoir en soi des émotions négatives qui nous rongent, de devoir toujours alimenter cet engrenage conflictuel. Nous ne sommes pas libres lorsque nous sommes sous l’emprise d’un flot d’émotions négatives. Les décisions prises sont des décisions réactionnelles, qu’il nous arrive de regretter ensuite.

Alors, savoir observer ces invariants du conflit dans notre communication c’est une première étape de distanciation. Nous sommes maladroits parce que nous n’avons pas appris de techniques pour rétablir ou maintenir une qualité relationnelle. Nous nous retrouvons donc dans l’adversité parce que nous ne savons pas faire autrement.

Mais nous sommes capables d’apprendre ; Cultivons notre liberté !