#graines d’Entente

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Semons les graines de l'entente

 

Les enfants sont les bâtisseurs de demain. Ils créeront leurs organisations, façonneront la société, et vogueront sur leurs courants de pensées. C’est une belle image, n’est-ce pas.


Nous, adultes responsables, leur souhaitons le meilleur et avons à cœur de leur transmettre des outils performants pour les accompagner dans cette évolution. Dès leur plus jeune âge, deux ans et demi pour certain, nous les envoyons sur les bancs de l’école pour apprendre à lire, à écrire et à compter.
Mais en tenant leurs petites mains devant le portail de cette école, avons-nous seulement imaginé que leur plus grand défi serait d’apprendre à être en relation ?


J’ai beaucoup d’admiration pour les professeur(e)s des écoles maternelles où la découverte du soi et de l’autre est au cœur de leur enseignement. Ils accompagnent de très jeunes individus immergés dans une collectivité totalement déstabilisante. Ils les aident dans ces premiers pas en tant qu’être humain en terres inconnues, ou plus exactement en relations inconnues. Alors nos enfants se construisent au contact des autres. Et chaque interaction lui apporte de nouvelles informations. Parfois agréables, d’autres fois contrariants, souvent questionnant, ces échanges amènent leur lot de réactions, d’émotions, de réflexions reconnues, reformulées et légitimées par l’enseignant(e) et ses collaborateur(e)s.
Dans « Petite philosophie à l’usage des non philosophes », Albert Jacquard écrit « Je suis les liens que je tisse avec les autres ». Il explique que le rapport à l’autre est nécessaire pour être heureux, et bien plus fondamentalement, pour être conscient. C’est donc un bel ouvrage qui commence dans ces écoles maternelles.


Alors pourquoi ce sentiment que « les choses changent après » ? Pourquoi être en relation avec l’autre semble devenir de plus en plus difficile en grandissant ?
Être en relation ne devient pas plus difficile. Cela a toujours été depuis que nous avons franchi ce fameux portail. Communiquer, comprendre et se faire comprendre, accueillir l’autre dans ses différences sans en avoir peur… Tout cela relève du casse tête chinois, ou grec, et demande un maximum de concentration. Or ce sujet est progressivement relayé puis remplacé par l’apprentissage des fondamentaux. Et il est finalement oublié au profit du développement des spécialités pour réussir des examens et sécuriser l’avenir via la réussite professionnelle telle que définie par notre société. Alors quand les relations deviennent difficiles, quand elles se dégradent, nous sommes bien loin de ces premiers outils transmis. L’heure n’est plus à la discussion, le temps presse, et le problème doit être géré au plus vite. Pour cela nous avons à portée de main foison de règles, de consignes et de cadres établis par d’autres, légitimés par l’autorité et qui permettent d’imposer rapidement une issue. Mais peut-être que cette issue ne sera finalement pas satisfaisante et qu’elle nourrira encore davantage la difficulté d’être en relation.


Que faire ?!
Une prise de conscience s’impose. Vivre ensemble comporte des difficultés. Et c’est en apprenant sur son fonctionnement et ses interactions que l’on peut être éclairé et donc acteur de sa communication, de son mieux-être et du mieux-être de l’autre. En bref, être en relation s’apprend, et cela ne peut se faire que dans la durée.
Nous ne pouvons raisonnablement pas penser que les enfants arrivent à l’école primaire en maitrisant un sujet que, nous même, adultes, avons de grosses difficultés à appréhender dans notre quotidien. Nous ne pouvons humainement pas attendre d’eux qu’ils fassent autrement, qu’ils fassent mieux que ce que nous leur montrons dans notre gestion des situations par le rapport de force, l’abandon ou la résignation.
Alors donnons-leur les moyens de faire autrement, de faire mieux. Développons les projets, les initiatives, pour enrichir leur savoir- faire et leur savoir- être en altérité. Faisons la promotion de l’entente ensemble, en collaboration avec les enseignants, les responsables d’établissements, les personnes ressources. Permettons à ces jeunes personnalités, grâce aux liens qu’ils vont tisser avec nous, de se construire dans ce vivre ensemble dont nous parlons tant.


Avec l’association « les Traits d’Unions » je propose des ateliers dans les écoles primaires, les collèges et les lycées du Médoc. Ces séances permettent aux élèves de découvrir la médiation, de mettre en commun leur réflexion sur la relation à soi et aux autres et d’élargir leurs compétences en communication pour en faire une véritable contribution pour eux et pour le groupe.
L’intervention est travaillée avec l’équipe pédagogique, et à la lumière du socle commun de compétence de chaque cycle et du projet d’établissement. C’est une dynamique collaborative et contributive qui anime chacune de ces actions. L’objectif est de donner aux enfants, aux cotés des enseignants, les outils pour construire une société où ils pourront évoluer socialement et professionnellement dans l’entente, l’accueil des différences, le libre arbitre, la conscience active… une société en altérité.


Ces ateliers sont des expériences partagées riches et éclairantes. Il est important de ne pas minimiser les capacités de ces jeunes gens. Il est surprenant de les voir se saisir aussi rapidement de concepts qui pourraient nous sembler complexes voir inabordables. Ils ont une curiosité débordante et il ne leur est pas difficile d’entendre différents points de vue et de se défaire de leurs aprioris.


Ces graines d’entente nous les plantons ensemble. Et arrosées régulièrement elles pourraient bien donner de magnifiques jardins à nos bâtisseurs de demain. 

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