Inauguration du CIMED à Abidjan

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Le jeudi 25 avril 2024, vous pouvez participer à un événement inscrit dans le développement d’une pratique innovante pour la vie en société.

Version vidéo de cette intervention => sur mediateur.tv

Le Centre international de médiation Félix Houphouët-Boigny s’est ouvert à la suite d’un cheminement engagé par Yannick Daugaux-Kouassy, tandis que l’Etat ivoirien a légiféré sur la médiation, en 2014. 

Mais ce que vous en savez est peut-être flou. Permettez-moi de partager avec vous, en quelques minutes, avec la passion de la méthode et toutes les raisons de l’engouement, des réflexions concernant la profession de médiateur que j’ai initiée sur la planète en 1999. 

Par exemple, vous savez que la médiation est l’intervention d’un tiers qui favorise un dialogue. Mais vous pouvez avoir l’idée que la médiation peut échouer parce que les parties seraient de mauvaise foi ou de mauvaise volonté, voire auraient des intérêts secrets. En suivant cette ligne de pensée, vous pouvez vous dire que le rôle du médiateur serait d’inciter les parties à rester fidèles à des engagements passés, à respecter des présupposés juridiques et des valeurs morales. Si vous pensez cela, vous êtes sensibles au discours de la médiation traditionnelle. 

En effet, en médiation traditionnelle, le principe est de s’en tenir à des entendus, des règles ou à des normes. On y fait référence à la responsabilisation, aux limites des droits et à l’étendue des obligations, à ce qui est juste et ce qui ne le serait pas, à la bienveillance et à l’équité ; on parle de tolérance, de gagnant-gagnant et de respect ; autant d’éléments que la médiation professionnelle n’utilise pas, sans qu’ils soient écartés pour la vie quotidienne. Si vous voulez faire évoluer des pratiques professionnelles pour obtenir des résultats, c’est ce passage qu’il faut assurer, celui de dépasser les habitudes, de trancher ou aider à trancher, celui de dépasser les traditions, celui de considérer que ce que l’on fait tous les jours n’est pas transposable dans un contexte professionnel. Ce n’est pas parce que l’on aime trancher du pain que l’on peut faire boulanger.

Avec la médiation professionnelle, c’est donc tout autre chose. Ce qui, hier, avait de la valeur et du sens dans votre vie, peut avoir fortement changé aujourd’hui, sans que vous soyez aujourd’hui de mauvaise foi par rapport à ce revirement. N’est-ce pas ce qui risque de faire conflit avec quelqu’un d’autre ? C’est une raison suffisante pour qu’un médiateur professionnel n’ait pas la même approche des relations que l’on peut avoir au quotidien. Sa posture sort de l’ordinaire. 

Ainsi, le Médiateur professionnel : 

  • n’a pas la bienveillance comme référentiel : il est engagé par un code d’éthique et de déontologie – CODEOME ; 
  • il n’a pas à être tolérant : il assure l’accueil ; 
  • il n’a pas à rappeler des règles de respect : il promeut l’altérité ; 
  • il n’a pas à rechercher l’équité ou le gagnant-gagnant : il accompagne l’émergence de l’entente. 
  • Il n’essaie pas de mettre en place un processus alternatif à des pratiques procédurales : il conduit une inimaginable discussion qui assure la continuité de l’exercice de la liberté de décision et qui, à l’inverse des conceptions traditionnelles, place l’arbitrage et les systèmes de substitution en alternative au dialogue et à l’entente.

Et ce n’est qu’une entrée en matière des différences de postures.

Si vous avez expérimenté la médiation professionnelle, vous savez qu’elle repose sur des principes éthiques solides traditionnellement confondus entre eux : 

  • l’indépendance : elle est relative à toute les formes d’autorité, notamment les relations avec les prescripteurs, les environnements idéologiques, religieux et financiers
  • l’impartialité : elle concerne les relations avec les parties, leurs impératifs affectifs, leurs intérêts et les enjeux revendiqués
  • et la neutralité : elle porte sur le choix résolutoire et les perspectives et implications des solutions 

Le médiateur professionnel est un acteur pédagogique spécialisé en ingénierie relationnelle, avec le référentiel de la qualité relationnelle. Il est formé à l’anticipation des conséquences des issues de l’adversité et de l’altérité, à contourner les déséquilibres d’influence et de décision, à identifier et détourner les abus de position et autres comportements intempestifs. Avant d’être pilote de négociation, il est un soutien à la définition de projet. 

Cependant, il faut être très clair : la médiation professionnelle n’est pas une pratique qui vise à remplacer l’intervention judiciaire dans des domaines où l’entente est hors de propos. Mais elle vise à instrumenter les personnes dans un domaine où ni l’instruction ni l’éducation n’ont encore fait leur œuvre, c’est-à-dire dans le champ des possibles en matière de compréhension des attitudes et comportements humains. Elle a tout lieu d’instrumenter les professions traditionnellement engagées dans le règlement des différends. 

Dès lors, une idée a émergé de la pratique de la médiation professionnelle. Cette idée est de sortir des sentiers battus des débats contradictoires et des références à des interprétations contractuelles ou morales, pour débroussailler ceux de l’incompréhension et créer de nouvelles ententes. Dans cette perspective, il faut innover. L’idée est d’être porteur d’un nouveau droit, le Droit à la médiation. Ce droit a pour intérêt d’augmenter l’exercice de la liberté de décision et de contribuer à étendre la culture de l’entente et de l’entente sociale.

Au nom des générations qui héritent du meilleur de ce que nous pouvons leur transmettre pour le bien vivre ensemble dans nos pays et sur la planète, merci. Je remercie Yannick et vous tous de cet instant d’attention que je souhaite en partage pour longtemps et le succès du paradigme de l’entente interpersonnelle et sociale.