Quatre fictions intellectuelles qui servent à dominer

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Le recours à des fictions intellectuelles et des illusions conceptuelles a certainement accompagné très tôt, dans le cheminement de l’humanité, l’organisation sociale avec tous les jeux de pouvoirs. Autrement dit, ceux qui ont pris le pouvoir sur les autres, ont joué, volontairement ou non, mais de manière certaine, sur la crédulité de leurs semblables. Pour que ça dure, il a fallu savoir exercer une influence mystificatrice, suggérant une légitimité de la soumission de la grande partie d’un groupe à un petit nombre.

Parfois, les ficelles sont énormes, les promesses intenables, mais la complaisance servile peut s’en satisfaire.

Le travail en médiation professionnelle conduit à faire réflexhir les personnes sur ce qui les entrave pour décider par elles-mêmes, afin de sortir d’une relation contraignante (un conflit est par définition contraignant).

Précédemment, j’ai identifié les “illusions intellectuelles” et les courants de pensée. Un recueil de lieux communs actualisés que j’ai esquissé sur le wikimediation.

Les fictions intellectuelles sont d’une même trempe. Mais elles sont de nature plus fondamentale que les illusions. C’est un niveau au dessus dans le champ de la recherche d’impact : c’est du global. Nous pourrions dire que c’est du lourd. Ca joue sur une mystique : tout le monde sait bien… l’autre sait bien ce qu’il fait. L’autre doit bien savoir. Les autres… Une mystification du rapport au savoir, un leurre sur la mémoire collective, une élucubration sur le plasma germinatif.

Le principe d’une fiction est de faire fi de toute forme d’enseignement : l’idée est que “Tu as le savoir en toi“. Il repose sur le postulat que la contestation de l’évidence est de la mauvaise foi ou témoigne d’une volonté délibérée de justifier une délinquance. Si on ne sait pas, c’est qu’on n’a pas appris et que cette ignorance on l’a cultivée volontairement, ce qui fait de soi un coupable de son ignorance volontaire. Le tour est joué : on sait bien ce que l’on n’a pas voulu savoir… Trop fort. Un travail d’orfèvre de la culpabilisation.

Selon les affirmations déclinées de l’une des fictions intellectuelles, il n’est pas utilise d’avoir un apport de connaissances pour que les gens sachent…

Le monde des idées devient ici plus vrai que le monde réel… Voici donc quatre fictions intellectuelles qui servent à dominer et à justifier la soumission. Ainsi, en réfléchissant, vous pouvez savoir si vous participez plus au jeu social en personne dominante ou en personne soumise…

Fiction religieuse

Exemple d’une fiction sur laquelle le monde religieux s’appuie : tout le monde connaît la différence entre le bien et le mal. De ce point de vue, il ne saurait y avoir d’innocent. C’est ce qui autorise toutes les formes de persécution. Faire quelque chose contre la loi religieuse, c’est être animé par le mal, comme ça c’est simple. Une ligne virtuelle est tracée par des prédicateurs et celui qui la foule du pied commet une faute.

Fiction juridique

Exemple d’une fiction sur laquelle le monde juridique s’appuie : nul n’est censé ignorer la loi. C’est sur cette fiction que le juge s’appuie pour pouvoir condamner. Sans ce postulat qui ne saurait être pertinent tant il existe de textes de loi chaque jour modifié, le principe de la domination par la contrainte ne saurait prospérer. Avec cette fiction, tout un chacun est supposer savoir ce qui est juste ou pas, ce qui est légal ou pas. Les juristes en viennent à parler de “réalité juridique”.

Fiction psychologique

Exemple d’une fiction sur laquelle le monde de la psychologie s’appuie : chaque personne exerçant une responsabilité à une idée plus ou moins consciente de ce qu’est la normalité. C’est à partir de ce genre de conception qu’un expert peut intervenir auprès des tribunaux pour définir l’étendue de la responsabilité d’un criminel. A moins d’une déficience importante, chaque personne est supposée avoir une maîtrise de ce qui est normal et de ce qui ne l’est pas.

La psychologie en est venue à s’adosser au monde du droit pour renforcer sa crédibilité. Elle emprunte certaines fictions juridiques, telles que les personnes morales ou les concepts de groupe, pour développer des théories sur des caractères pathogènes. Elles attribuent une motivation à un ensemble de personnes, indépendamment de chacune des personnes mêmes, alors même que cet ensemble est représenté par une personne spécifique qui en assure la direction.

Dans toutes les cultures, ces trois fictions collaborent pour asseoir les dominations. elles autorisent des dispenses d’éducation et des dédouanements de responsabilité sociétale.

Fiction économique

Exemple d’une fiction qui a permis la domination de la conception gestionnaire dans notre société : tout est gérable, parce que tout peut présenter des risques et connaître des situations de crise. Qui dit crise dit gestion.

L’économie qui est une pure invention relationnelle de la vie en société, utilise cette fiction. L’excellence de cette utilisation date des années 1995 avec l’affirmation d’une crise économique sans précédent, alors même que les richesses accumulées par un petit nombre de personnes dans le monde n’ont jamais été aussi importantes. Mais comment dominer le plus grand nombre ? En inventant une crise. Le discours gestionnaire a été le terreau de cette fiction et le monde médiatique a fait le reste.

Le rôle des médiateurs professionnels

C’est là que le médiateurs professionnels sont susceptibles d’intervenir. En effet, toutes ces fictions sont impliquées dans un grand nombre de conflits. Pour mettre un terme aux différends, il convient souvent de balayer dans le champ des interprétations et des fictions.

Ce qu’on se raconte n’est pas clairement la réalité. Le retour à la réalité retire sans doute toute la poésie de la fiction, mais permet de mieux vivre ensemble, ce qui élève – somme toute – le champ poétique.

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