Les Médiateurs Professionnels lancent un appel à la confiance

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Face aux nombreux défis sociétaux que le corps social doit relever, les médiateurs professionnels assistent à l’escalade de la méfiance et à son délétère travail de sape.

Là où la confiance et la dynamique contributive devraient présider, force est de constater que ce sont la suspicion et la contrainte qui rivalisent en surenchère :

  • Les mineurs isolés seraient des personnes qui viennent indûment profiter de nos largesses et contre lesquels il faudrait par conséquent se garantir pour se préserver.
  • Les gilets jaunes seraient des individus particulièrement malintentionnés, principalement animés par le projet de casser, de détruire, de propager la violence, voire l’exclusion et le racisme.
  • Les journalistes n’auraient pas d’autre propos que de tromper leurs lecteurs ou leurs auditeurs, en falsifiant sans vergogne les informations, au service d’intérêts obscurs.
  • Les chômeurs seraient animés du seul projet de profiter des richesses de celles et de ceux qui travaillent, sans rien faire d’autre que spolier les efforts d’autrui.
  • Les parents d’élèves égarés seraient des complices délictueux passibles de suspension de prestations sociales pour défaut d’efficacité éducative.
  • Les lanceurs d’alerte, des perturbateurs malintentionnés de la nécessaire tranquillité des affaires et des opposants à la prospérité économique.

Les exemples sont si nombreux que c’est tout le climat social qui en est affecté et tous les antagonismes vivifiés. Ce sentiment de suspicion généralisée se développe lui-même dans une défiance préalable et tout aussi unanimement répandue envers le monde de la politique, de la pensée, envers toutes les sphères d’organisation et, plus généralement, envers tout projet collectif (regroupement associatif, syndicalisation, parti politique…).

Or, la difficulté réside en ce que la défiance ne peut engendrer autre chose qu’une méfiance encore plus compromettante pour l’organisation sociale.

Ainsi, le seul moyen réputé permettre de sortir de cette impasse, serait le renforcement du Contrat Social : surenchérir à chaque « dérive » par une loi nouvelle. Une loi nouvelle pour chaque nouvelle déception, pour chaque nouveau doute, pour chaque situation dans laquelle telle ou telle catégorie, telle ou telle personne, se retrouvent face au sentiment d’être dépassées, perdues, dépossédées de toute possibilité de choisir par elles-mêmes, ensemble, en s’impliquant avec d’autres dans la définition de la solution.

La spirale prend une boucle supplémentaire, au fur et à mesure que cette démultiplication législative se densifie, devient omniprésente et de plus en plus envahissante… en réalité liberticide… cela ne peut que contribuer à une fracture approfondie, au constat d’une perte redoublée de liberté, de capacité à décider et de possibilité de contribuer aux solutions communes.

En conséquence, à l’inverse de cette logique de surenchère, proprement létale, il serait opportun d’inverser l’approche du problème, en mettant la confiance au cœur du processus, en propulsant la liberté de décider et la reconnaissance de l’autre au cœur de la démocratie participative, avec un paradigme correspondant mieux à l’aspiration nouvelle, celui de l’Entente Sociale, y-compris lors du « Grand Débat ».

En fait, cette approche inversée, promouvant la confiance et l’Entente Sociale, est tout l’opposé de l’accumulation actuelle d’arsenaux incompréhensibles, blessants et contraignants à laquelle la société tout entière assiste impuissante. Elle est bien le seul moyen de poser les bases d’un apaisement effectif et durable. Elle témoigne aussi d’une volonté de transmission aux générations futures, d’un héritage éthique fait d’intégration, d’altérité et de cet accueil indispensable à l’appropriation du référentiel nécessaire à la conduite d’un projet de société.