Je vais tuer ma sœur!

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Alors que je sors d’une émission de radio dans laquelle j’ai pu m’exprimer sur la médiation professionnelle et son efficacité pour résoudre tout type de conflit, à peine arrivé chez moi, je reçois l’appel d’un homme visiblement en état de stress.

Bonjour Monsieur me dit-il je viens d’avoir vos coordonnées par le standard de RCFM et je souhaite un rendez-vous tout de suite avec vous ; si vous ne pouvez pas me recevoir, je vais tuer ma sœur ! Je le remercie de son appel et lui propose un rendez-vous en fonction de mon planning, quatre ou cinq jours après,

Malgré son insistance et son impatience à me rencontrer. Lorsque je le vois arriver à mon cabinet, il est vêtu d’une chemise à carreaux et d’un jean délavé, de forte corpulence, le teint basané les cheveux noirs, des yeux plissés et la voix fatiguée, comme cassée. C’est un homme d’une bonne quarantaine d’année.

Il me raconte : ma sœur m’a assigné au tribunal, ma petite sœur! Je vais la tuer. Si vous ne faites pas quelque chose j’ai tout prévu mes cinq ans d’emprisonnement, avec les remises de peine, Le problème de mon absence dans ma société, j’ai tout calculé, je vais la tuer ! Elle ne se rend pas compte de tout ce que je fais pour elle.

Je vais monter une SCI dans laquelle je l’ai mise d’office, c’est un village de vacances en chalet en bois que j’ai construit de mes mains, elle a l’un des plus beau chalet avec vue sur la mère. Elle a un emploi fictif dans ma société, elle touche un salaire de 2000 € net par mois à ne rien foutre, et tout ce qu’elle trouve à faire c’est de m’assigner ! Lorsque je le raccompagne à sa voiture, Il me montre un couteau de boucher dans la boîte à gants de son 4×4, qu’il sort de sa gaine tout en me disant qu’il n’hésitera pas à l’égorger si elle ne retire pas son assignation. Chez lui, dans sa famille d’Italo-Corse, c’est comme cela que l’on règle les affaires.

Lorsque je rencontre sa petite sœur pour un entretien individuel, elle me raconte ses souvenirs, son chien malade qui geint de douleur toute la journée que son père attrape devant elle alors qu’elle a 12 ans, et cloue à la porte de la grange en lui disant, voilà tu vois, il n’est plus malade maintenant !

 

Elle me dit son frère qui, plutôt que de lui répondre lorsqu’elle pose une question se lève, prend sa chaise et la fracasse devant elle sur le sol en hurlant qu’elle doit se taire et ne pas poser de questions… Elle souhaite juste proposer des idées au sein du conseil d’administration de la société de construction de chalet de son frère. Elle est la seule fille, la benjamine de deux frères qui s’entendent bien, et se sont occupés de la mettre à l’abri du besoin au sein de la société et de la SCI du village de vacances. Elle doit accepter son sort de princesse et surtout, ne pas la ramener ! Elle, elle dit qu’elle veut simplement être consultée plus souvent, qu’elle a plein d’idées pour développer l’entreprise, qu’elle veut être présente au CA, participer. Mais les deux frères refusent, parce que c’est une femme et que traditionnellement, il n’y a pas de femmes présentent au CA.

Après avoir tout essayé, elle en a eu marre de ne pas être entendue et a consulté une avocate qui lui a conseillé l’assignation pour non application de ses droits d’être consultée en tant que sociétaire.

La médiation permet un échange dans lequel le frère cadet va s’engager à ce qu’elle soit officiellement et physiquement présente au CA, qu’elle puisse s’exprimer et participer concrètement à l’élaboration et au développement de projets, en échange qu’elle retire son assignation. Un gros travail sur le la possibilité de dépassement de ses traditions et de ses valeurs, a été rendu possible par la médiation.

Malheureusement, l’accord final était verbal, et l’avocate de la sœur à refusé de retirer l’assignation du frère tant qu’il n’y aurait pas d’accord écrit, prétextant qu’avec “ce genre d’individus”, seuls les écrits avec signature compte…

Jean-Bruno Chantraine est Médiateur Professionnel. Depuis plusieurs années, il intervient dans des situations relationnelles très dégradées, parfois à grands risques où la menace, l’affrontement, et même la violence sont des composantes. Il nous propose ici une série d’enregistrements de sa chronique sur Sud FM