Côte d’Ivoire : les 6 hypothèses d’une médiation possible

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En tant que spécialiste de la médiation, je propose une nouvelle approche pour accompagner la résolution de la situation en Côte d’Ivoire. Peu importe que je ne sois pas invité pour animer cette intéressante discussion, je suggère aux “médiateurs politiques” de s’inspirer de ma réflexion… Il s’agit pour moi d’apporter une contribution dont l’objectif est de faire progresser pacifiquement leur intervention et certainement la rendre plus efficace. Ma proposition vise à éviter la dégradation du climat politique qui risque d’ajouter au nombre des victimes.

La médiation diplomatique

De toute évidence, les systèmes de médiation  mis en œuvre pour chercher à résoudre la crise en Côte d’Ivoire ne fonctionnent pas. Des hommes de bonne volonté interviennent pour faire passer leur idée de la manière dont la cause est entendue. Certains sont mal déguisés en médiateurs. Leur mission consiste à convaincre plus qu’à conduire les protagonistes à mettre en place une issue satisfaisante. La solution est déjà trouvée. C’est la polarisation sur cette solution unique qui peut être la cause du pire.

A examiner le conflit qui sévit en Côte d’Ivoire, les arguments créent de la dispersion. Je propose d’en revenir à l’essentiel au moyen d’une grille d’analyse qui permettrait d’engager avec les deux leaders une discussion fondée sur leur propre situation.

Mon propos n’est pas d’argumenter. Il ne s’agit pas de s’enfoncer dans une discussion à risque polémique sur les causes, mais bien de faire un état des lieux le plus simple possible. En réalisant ce travail, qui doit être approfondi avec les protagonistes, et non pas en élaborant des théories, c’est une ouverture au dialogue que je propose.

Partant de la volonté de personnes physiques représentant une aspiration d’une partie du peuple ivoirien, il se pourrait bien que la cause devienne de plus en plus complexe et que les démons facilement agitables deviennent de plus en plus agressifs.

Six hypothèses pour une médiation réussie

En bref, je ne retiendrai pas une solution, mais six hypothèses, en plus de celle que cette situation pourrait se prolonger :

Hypothèse 0 : le maintien en l’état jusqu’au déclenchement d’une des hypothèses suivantes.
La situation perdure jusqu’à ce que les deux camps s’accommodent de la situation. Cette hypothèse comporte des heurts et des accalmies. Elle ne peut déboucher que sur une des hypothèses qui suit.

1ère hypothèse : partie remise
L’un des deux leaders part de Côte d’Ivoire… Il complote de l’extérieur… L’agitation rend le pays de plus en plus instable durablement. La Côte d’Ivoire devient une sorte d’Irak de l’Afrique de l’Ouest.

2° hypothèse : objectif disparition physique ou capture de l’un des leaders
Un affrontement armé se déclenche très vite. C’est la guerre civile. La possibilité pourrait être la mort brutale de l’un des leaders. Il faudrait contenir le conflit dans les frontières… C’est la guerre civile. Affrontement, vendetta… L’un des deux leaders est capturé. Il s’ensuit un mélange d’hypothèses où la posture reste à la résistance du prisonnier qui proclame l’injustice de son sort. Un procès est fait. Le risque du modèle irakien pourrait se reproduire à moins que le procès soit confié à des instances internationales…

3° hypothèse : l’allégeance
L’un des deux protagonistes accepte les conditions de l’autre. Il fait allégeance inconditionnelle. Le risque est qu’il s’agisse d’une traîtrise. La méfiance existe entre les deux camps.

4° hypothèse : la réorganisation
Une discussion a lieu entre les deux camps. Un accord est passé pour prendre une date pour l’organisation de nouvelles élections, en garantissant davantage la fiabilité des résultats et en impliquant les institutions pour qu’elles garantissent le respect des élections. C’est la reprise de la relation telle qu’elle était avant… en mieux…

5° hypothèse : la répartition
Les deux leaders conviennent d’un accord qui leur permet d’apaiser la crise. Ils trouvent diverses solutions sur l’organisation de la Côte d’Ivoire, l’attribution des responsabilités politiques dans l’Etat.

6° hypothèse : le départ
L’un des deux protagonistes met un terme définitif au conflit en acceptant des conditions favorables pour ne plus ambitionner la présidence du pays. Les deux leaders convainquent tous leurs alliés politiques et économiques de mettre un terme au différend.

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Jean-Louis Lascoux
13 années plus tôt

Bertrand Badie : « En Côte d’Ivoire, l’ONU a été juge pas médiatrice »

Dans un article du journal Le Monde du 11 janvier, le politologue Bertrand Badie, lui même convaincu que les résultats des élections en Côte d’Ivoire ont été ceux proclamés par l’un des deux camps, estime cependant que l’ONU a été plus juge que médiatrice, ce qui porte tort à la diplomatie internationale.